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Augusto Salvador


Service commandée. Claude Farrère, né Frédéric-Charles Bargone le 27 avril 1876 à Lyon, mort le 21 juin 1957 à Paris, est un officier de marine et un écrivain français.


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LA TOURELLE


pour madame Yvonne Vernon.

Fargue, l'enseigne de vaisseau canonnier, chef de la grosse tourelle AV,—avant, s'accroche des deux mains aux tire-veilles flottantes et grimpe à l'échelle d'acier. Le nez sous la trappe close, il se cramponne d'un poing, heurte de l'autre; et la trappe s'ouvre, avec un grand fracas de ferraille.

Une voix, au-dessus, crie:

—Fixe!

Fargue enjambe les trois derniers échelons, fait un rétablissement sur les poignets et prend pied sur le parquet de fer. Le couvercle de la trappe retombe. Aux flancs des pièces, les servants sont alignés, corrects: talons joints, main droite au bonnet, main gauche dans le rang.

—Repos!—commande Fargue.

Et, se faufilant entre les deux canons, il se juche sur la sellette de commandement, pour donner un coup d'œil au dehors.—Par les trous du casque blindé, rien d'anormal n'apparaît. A perte de vue la mer grise déferle, en longues crêtes d'écume, parallèles. Et les cuirassés gris, en ligne de file, se traînent sur cette mer déferlante, dans le sillage les uns des autres.—Fargue fait demi-tour et redescend sur le parquet, histoire de passer un bout d'inspection, avant l'exercice.

Le second maître, cordial, sourit à l'officier.

—Bonjour, Gourvès!... Quoi à signaler, aujourd'hui?

—Rien du tout, cap'taine.

—Vous avez balancé le pointage latéral?

—Oui, cap'taine.

—Les chaînes-galles n'ont pas pris trop de mou?

—Nous avons repris une maille ce matin. Ça fait juste la longueur que vous m'avez montrée la dernière fois.

—Bon.

Fargue recule jusqu'à la muraille cuirassée, s'y adosse...

Aujourd'hui, la manœuvre promet d'être longue: combat simulé contre l'escadre légère, figurant une armée navale ennemie... Nul doute: avec un thème aussi propice aux fantaisies amirales les plus imprévues, on va manger de toutes les sauces, et savoir ce que c'est que «faire des ronds dans l'eau!» Donc, inutile de se fatiguer d'avance. Et Fargue, adossé, contemple sa tourelle.

... Une tourelle double de 305 millimètres, c'est beau!—Figurez-vous une chambre ovale, longue de sept mètres, large de six, très basse de plafond, et toute d'acier poli. Là dedans, deux canons prodigieux, qui s'alignent côte à côte, deux canons dont les volées géantes saillent par l'embrasure double à dix mètres au dehors, et dont les culasses pivotant suffisent à emplir toute la tourelle, à l'emplir tellement qu'on ne devinerait d'abord pas où vont bien pouvoir se caser les hommes, les treize hommes nécessaires au fonctionnement... Ils se casent tout de même, et leur présence n'ajoute pas grand'chose à l'encombrement indescriptible du lieu.—Car les canons, ce n'est rien! il y a les affûts, les châssis, les berceaux; les monte-charges, les parcs, les pointages, les hausses, les lunettes, les planchettes, les chariots, les rails; les refouloirs, les écouvillons, les injecteurs; le tuyautage d'eau, le tuyautage d'air, le réseau électrique ... il y a l'inextricable fouillis d'acier, de fer, de bronze, de cuivre, il y a le mécanisme aux rouages sans nombre que manœuvrent méthodiquement, méticuleusement les treize hommes, autres rouages, plus parfaits, non moins disciplinés!—C'est beau.—Le plafond nu repose pas sur la muraille directement: une rangée de supports d'acier les sépare, telle une colonnade circulaire, haute de quelques centimètres, dont les intervalles ménagent, entre muraille et plafond, une circonférence de meurtrières horizontales, par où pénètre, avec la brise du large, un peu de chaude clarté solaire; et cette clarté-là s'ajoute à la lumière froide des lampes électriques. En sorte qu'on y voit assez bien.—C'est beau.—Par cette espèce de corniche ajourée, les treize hommes peuvent aussi, entre deux mouvements, jeter un coup d'œil au dehors, et, de temps en temps, se rendre compte des choses qui adviennent...

Ils sont treize: le second maître, surveillant du matériel,—le cerveau;—les deux quartiers-maîtres, chefs de pièce,—les nerfs moteurs;—les deux pointeurs brevetés,—les yeux;—les deux pointeurs suppléants,—d'autres yeux de rechange;—les deux chargeurs, les deux pourvoyeurs,—les muscles;—l'armurier,—l'organe réparateur;—l'officier, enfin,—l'âme.—Ils sont treize; ils ne font qu'un: un être, qui vit de leurs treize vies: la tourelle, la tourelle avant, la tourelle double de 305 millimètres, l'arme la plus effroyable du cuirassé, sa meilleure chance de sortir vainqueur des batailles à venir...

Ça commence.—Au dehors, roulement de tambour, suivi d'un double coup de baguette: «Armez les pièces!»—Fargue-se redresse, commande: «A vos postes!» et, derechef, se juche sur la sellette de commandement. Par les trous du casque blindé, au loin, sur la mer brumeuse, zébrée de crêtes vertes et blanches, des silhouettes confuses émergent de l'horizon: l'escadre légère, les croiseurs qui figurent l'ennemi. Fargue tourne la tête, constate l'immobilité des servants, debout, chacun où il doit être, et jette l'un après l'autre les ordres qu'il faut: «Approvisionnez! Armez! Chargez!» Après quoi lui-même, les yeux au tableau transmetteur, attend que la passerelle lui ait dicté à son tour la volonté suprême du grand chef, du commandant, lui-même à son poste, là-haut dans le blockhaus...

Cependant les culasses battent, les planchettes tombent, les monte-charges grondent parmi le cliquetis des chaînes-galles. Bien entendu, on ne charge pas tout de bon: on fait le simulacre; mais tous les gestes s'exécutent comme si c'était un vrai obus et de vraies gargousses qu'on lancerait à toute volée dans l'âme ouverte et huileuse. Gourvès, le second maître, a tiré sa montre et compte les secondes... La première pièce «charge» bien: son quartier-maître, Le Kellec, est un «bon homme», d'attaque, et sûr... Vingt-trois secondes! ça y est! le temps du record! pas un cinquième de plus!... La deuxième pièce est en retard: Fontan ne vaut pas Le Kellec... Gourvès hausse les épaules, dédaigneux: Un Fontan, un Moco de Mocossie, est-ce que ça peut jamais valoir un Breton? un Bretonned de Morlaix? un Le Kellec, «pays» de Gourvès?—Gourvès en voudrait plutôt mal de mort à Fontan, le jour que Fontan «gratterait» Le Kellec!—Tout de même, trop est trop: trente-quatre secondes, ça exige «un coup de gueule»:

—Et alors, aussi donc, Fontan? c'est-il que les gars dorment, et toi avec?

Fontan ne bronche pas. Mais, près de lui, un claquement de langue irrité accueille le reproche. Ça, pas d'erreur: c'est Brénéol, le chargeur, qui «rouspète». Il «rouspète» toujours, Brénéol! Pas mauvais canonnier, par ailleurs. Il n'y a donc qu'à fermer l'oreille.—Si on entendait, n'est-ce pas? faudrait punir! et à quoi bon?—Gourvès n'entend pas; Fargue n'entend pas non plus...

C'est que ce sont des hommes, ces treize rouages de la tourelle; des hommes comme vous et moi; et ce n'est qu'ici: dans la tourelle, qu'ils sont rouages. Partout ailleurs, leurs origines, leurs races, leurs instincts, leurs éducations, leurs habitudes, leurs chairs, leurs cerveaux divers, font d'eux des êtres aussi différents, sans nul doute, que vous et moi.—Tenez: Le Kellec et Fontan ... hors du service, croyez-vous qu'ils s'adressent seulement la parole?... Et Brénéol, le chargeur, taciturne et revêche; et Le Duc, le pointeur de gauche, petit garçon sage; et Tiphaigne, le pointeur suppléant, anarchiste, et qui enveloppe son manuel du marin canonnier dans le dernier numéro du Libertaire, pour lire les deux proses ensemble, aux heures de théorie; et Penven, le pourvoyeur, toujours ivre lorsqu'il a mis un pied à terre, et qui passe sa vie dans les mauvais lieux; et Brazière, l'armurier, bachelier ès sciences, et qui a préféré salir d'huile et de rouille ses mains blanches plutôt que d'être pion dans un collège; et Lohéac d'Elfe, le pointeur de droite, qui fut riche et qui est noble, et qui s'est engagé personne ne sait pourquoi ... croyez-vous qu'ils se mêlent et se lient, eux qui peut-être n'ont pas trois idées en commun?—Non, fatalement!—On «navigue à la part»; et chacun poursuit silencieusement son rêve à soi, dans son coin, loin des gêneurs. Ce n'est qu'ici, derrière cette cuirasse, sous ce plafond bas, sur ce parquet sonore, que la souveraine discipline réunit tous ces êtres étrangers, et les coordonne, et les pétrit, et les malaxe ensemble, jusqu'à n'en faire qu'un seul être vivant: la tourelle...

Fargue, songeur tout à coup, s'interroge soi-même:—Qu'est-ce qu'elle vaut vraiment, cette discipline indispensable? jusqu'à quel point courbe-t-elle ces hommes? jusqu'à quel point les lie t-elle, les fond-elle dans son creuset? jusqu'à quel point peut-on compter sur ce métal humain?—On ne le saura qu'à la guerre, devant la mort: la mort à braver, suprême pierre de touche...

—Garde à vous!

Une sonnerie tinte. Au tableau transmetteur, les aiguilles indicatrices ont tourné. Fargue commande:

—Quatre-vingts degrés! à droite, troisième vitesse!... Distance: huit mille six! Correction: trente-deux millièmes, gauche!... Sur le premier croiseur à partir de la gauche!... Attention!...

Déjà l'ordre est exécuté. La tourelle pivote, souple et prompte. Par les trous du casque, Fargue aperçoit l'horizon qui défile. Voici les croiseurs, qui glissent à la queue leu leu, de tribord à bâbord, petites ombres chinoises, floues.—Les servants, haussés sur leurs pointes, regardent aussi, et apprécient.—L'armée s'est déployée en ligne de file, parallèlement à la ligne de file des croiseurs. Les cuirassés, rangés en bel ordre, à quatre cents mètres d'intervalle, gouvernent droit sur la poupe de leurs matelots d'avant. Et cela fait une double perspective de longues coques glissantes et de mâtures sèches, sous le flottement des pavillons qui claquent à la brise..

—Feu à volonté!... Commencez le feu!...

Plusieurs détonations ont éclaté: des coups à blanc tirés par l'amiral, en manière de signal avertisseur. Les croiseurs, là-bas, savent qu'on vient d'ouvrir le feu contre eux...

—Huit mille mètres!... Sept mille six!... Sept mille quatre!

Les servants, alertes, tournent les volants de pointage.—Ah! l'ennemi se rapproche? Probable que le «vieux» oblique sur l'escadre légère, sournoisement, sans avoir l'air... Alors, gare aux croiseurs, s'ils ne se méfient pas. Ils sont trop faibles pour «étaler» un combat à courte portée.—Le Kellec, d'un regard glissé par les meurtrières de la corniche, mesure l'éloignement. Brazière, les poings sur les hanches, calcule le cosinus de l'angle de rapprochement. Tiphaigne ricane en sourdine, en songeant au désarmement universel. Penven rêve de femmes et de fil en quatre. Lohéac d'Elfe, comme toujours indifférent à tout, vérifie sa ligne de mire...

La sonnerie tinte encore. Fargue commande de nouveau:

—Même but! zéro degré!... à gauche, troisième vitesse!... Distance: sept mille huit!... huit mille deux!... huit mille quatre!... correction: six gauche!... Continuez le feu!...

Moins bêtes qu'ils n'en avaient l'air, les croiseurs! Ils viennent de se dérober d'un coup, en «arrivant» tous à la fois sur leur droite,—du bord opposé aux cuirassés.—Et maintenant, les cuirassés n'ont qu'une chose à faire, s'ils veulent ne pas rompre le combat: «arriver», eux aussi, tous à la fois, sur leur droite, et appuyer la chasse. Mais vivement! ou il sera trop tard...

Fargue, toujours juché sur sa sellette, et la tête dans le casque blindé, regarde par les trous de visière:—Allons! ce n'est pas par trop mal!... l'évolution de l'armée s'est correctement opérée.—Au grand mât de l'amiral, le pavillon «régulateur», à peine hissé «à bloc», redescend, «halé bas»: chaque navire est à son poste; la ligne de file est devenue ligne de front: c'est-à-dire que les cuirassés s'avancent maintenant côte à côte; et courent, le cap sur l'ennemi, chacun s'efforçant de ne pas dépasser ses matelots et de n'être pas dépassé par eux... Guère facile à résoudre, le problème!... Tenez, voici déjà du flottement: à bâbord, l'Auerstaedt a perdu près d'une longueur; à tribord, l'Eckmühl en a gagné une et demie. Fargue, méprisant, crache par le trou milieu du casque:—Alors, quoi? il n'y a qu'ici, sur le Fontenoy, qu'on est fichu de garder, cinq minutes de suite, la vitesse signalée? On dort donc, dans les autres machines?.. Ah! ces mécaniciens!... quelle plaie!—Fargue recrache. El, derrière lui, Gourvès, le second maître, et Le Kellec, et Fontan, et d'autres sourient de dédain, à l'imitation du chef: une jolie ligne de front, oui!...

Tout de même, on n'est pas là pour s'amuser. La manœuvre des pièces s'est ralentie. Fargue se retourne, brusque:

—Eh bien? Gourvès? c'est pour aujourd'hui ou pour demain, ce chargement?

Le rappel à l'ordre rejaillit instantanément de proche en proche: de Gourvès à Fontan, de Fontan à Brénéol, de Brénéol à Martin. Derechef, un ressort de la machine, grippé, grince: quelqu'un murmure, une fois de plus. Et Fargue, une fois de plus, s'interroge, anxieux... Que vaut ceci: la tourelle? jusqu'à quel point est-ce solide? jusqu'à quel point peut-on y compter?...

—Attention!... même but!... quatre-vingt-dix degrés!... à droite, troisième vitesse!... Hein?

Dans la bouche de l'officier, le commandement, soudain, s'étrangle...

Voici ce qui est advenu: les croiseurs, d'abord, ont tout à coup repris la ligne de file, pour doubler ou envelopper la tête de l'armée; et les cuirassés, pour déjouer la tentative, ont commencé d'évoluer aussi, parallèlement.

D'où le changement de pointage ordonné d'avance, chaque bâtiment devant «arriver» de quatre-vingt-dix degrés sur sa gauche,—faire «par le flanc,» si vous préférez.—Seulement, quelque chose s'est passé,—quelque chose: une avarie de barre, ou de gouvernail, ou de drosse; on ne sait pas au juste; on n'a pas le temps de savoir; et leFontenoy, au lieu d'arriver, en même temps que ses matelots, n'arrive pas,—continue sa route en droite ligne;—en droite ligne,—cependant que l'Eckmühl, à tribord, arrive,—et tombe perpendiculairement sur le Fontenoy:—Abordage!—Abordage inévitable!—Abordage: c'est-à-dire—l'éperon de l'Eckmühl dans le flanc du Fontenoy,—et le Fontenoy, tout de suite, en vingt secondes, chaviré, quille en l'air, et coulé bas;—comme chavira jadis et coula le cuirassé anglais Victoria, ayant reçu dans son flanc l'éperon du cuirassé anglais Camperdown.—Bref: la mort.—La mort foudroyante, qui se précipite.—Et rien à faire, rien à tenter.

Fargue, malgré lui, recule d'un pas, détourne la tête, et jette dans sa tourelle un suprême et tragique regard:—Ceux-ci, près de mourir, comment mourront-ils?...

Ho! les yeux dilatés du chef ont rencontré les yeux fixes des douze hommes qu'il commande,—des douze hommes qui ont vu comme lui, qui savent comme lui, qui attendent comme lui la mort; des douze hommes tout de même immobiles, muets, disciplinés.—Oh! la fière, la sublime machine! Au cœur de Fargue, un flot de sang orgueilleux afflue:—La mort, par Dieu, peut venir! La tourelle est prête!—D'un geste d'épopée, l'enseigne arrache sa casquette et la jette à terre, pour saluer d'avance les treize cadavres héroïques qui, tout à l'heure, dormiront ici, chacun à son poste. Et, ardemment, Fargue renfonce sa tête dans le casque blindé, refait face à la mort, immobile comme les autres, muet, discipliné...

La mort vient: l'Eckmühl se précipite avec une vitesse de locomotive. La masse colossale grandit, grandit, grandit... L'étrave, tranchante comme un glaive, fend la mer avec un frémissement bref, et s'allonge vers le flanc du Fontenoy... Combien de secondes encore? trente? quinze? dix?... Le gaillard de l'Eckmühl, couvert d'hommes accourus, qui gesticulent, fond comme une avalanche... Fargue, les yeux hypnotisés, n'aperçoit même pas, aux barres de misaine, la flamme quadrillée bleu et blanc,—signe que l'Eckmühl «bat en arrière» de toute la puissance de ses trois machines: vingt mille chevaux-vapeur, qui luttent désespérément pour atténuer le choc terrible.—Fargue ne sent pas non plus le parquet qui vibre: le Fontenoy «bat en avant» à toute vitesse, tente désespérément de passer, d'éviter l'éperon mortel.—Six hélices, au total, qui se tordent et tourbillonnent sous les eaux, pour le salut commun.

Si on passait, pourtant!... Toute la coque du Fontenoy frémit, maintenant. Le Fontenoy ne veut pas mourir. Il a pris son élan, il se rue au travers des lames... Et l'Eckmühl, retenu à triple bride par ses machines déchaînées, ralentit, ralentit... Si on passait!...

On passe...

Oh! on passe près!... Il n'y a pas six mètres de marge, entre la proue de l'Eckmühl et la poupe du Fontenoy... Mais, six mètres ou six milles, qu'importe! On passe!...

On a passé.

Aux tempes de Fargue, trois gouttes de sueur. Tout le sang de ses joues a disparu. Mourir n'était rien. Mais ressusciter...

Fargue baisse la tête et regarde ses hommes. Nul n'a bougé. Nul ne souffle mot.

Alors, les yeux sur le tableau transmetteur, Fargue recommence:

—A droite, troisième vitesse!... Distance: huit mille quatre!... correction: seize millièmes... Feu à volonté...

27 de Maio de 2018 às 22:14 0 Denunciar Insira 0
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