avrilmorgan Avril Morgan

Humiliée et larguée devant son boss sur son lieu de travail, Jules Becker est dévastée. Pour la Community manager, les mecs c’est terminé ! Et même si son patron Émilien Weits, un célèbre éditeur français, s’intéresse à elle ; Jules ne doit pas succomber à son charme. Pourtant, une étrange attirance les lie et ils le sentent au plus profond de leurs chairs. Malheureusement, leur naissante idylle est vite réduite à néant à cause d’une personne que les deux connaissent très bien. Un dangereux criminel qui est prêt à tout pour stopper leur relation et les faire taire à jamais. Redécouvrez l’histoire de Jules et Émilien dans une nouvelle version inédite. (Réédition de L’emprise du boss Tome 1 Vol.1 et vol.2)


Romance Suspense romantique Interdit aux moins de 18 ans. © Tout droits réservés

#Emprise #boss #darkromance
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Chapitre 1

Je ne peux m'empêcher de sourire bêtement. J'arrive à la maison d'édition en avance. Je ne traîne pas. D'habitude, j'arrive juste dans les temps. Je compte passer un peu de temps avec mon petit-ami pour bien démarrer la journée.

Je salue quelques collègues, avant de gagner le premier étage où Jordan travaille. Nous nous sommes abordés ici lors de notre premier jour. Notre rencontre n'a pas été la meilleure. Je lui ai renversé mon café durant de la pause du déjeuner. C'était il y a moins d'un an. Nous nous sommes revus et avons commencé à nous fréquenter en dehors du travail. Il m'a invitée plusieurs fois avant de me voler timidement un baiser.

Je le vois aussitôt. Il est assis, les yeux plongés sur son ordinateur. Il travaille sur une nouvelle couverture.

Jordan est graphiste. Il a commencé en free-lance à ses dix-sept ans, puis il a réalisé quelques couvertures pour différentes maisons d'éditions, avant de se faire embaucher ici. Il travaille tellement bien et avec acharnement. Il mérite vraiment ce poste et les remerciements qu'il reçoit des supérieurs.

J'arrive derrière lui et pose mes mains sur ses yeux. Comme d'habitude il râle. Il n'aime pas ça et me prend pour une enfant.

— Putain, lâche-moi, Jules ! Je travaille là !

Je m'excuse. À chaque fois je lui fais le coup, alors qu'il bosse. Ses collègues doivent bien le chambrer.

Jordan m'ignore, tirant une tronche aussi longue qu'une liste de souhait de cadeaux d'un enfant. Je n'aime pas du tout ça. Il doit me dire ce qui le tracasse. Garder tout pour lui n'est pas bon.

Le visage rond de mon petit-ami est tourné vers l'écran. Ses iris marron acajou glissent de gauche à droite. Il est concentré sur son travail. Pendant une fraction de seconde, je le détaille. Mes yeux le voient comme l'être le plus magnifique sur terre. Sa fine chemise noire et son jean lui donnent un air sérieux. Le col de la chemise est remonté et les manches baissées. Il a pris bien soin de se parfumer avec son eau de toilette Dior, Sauvage. Je pourrais craquer, là, en plein Open-Space, mais je me contiens. Nous nous verrons ce soir en tête-à-tête. Ce moment sera plus fort.

Parce que coucher à mon travail n'est pas envisageable. Je ne serai pas à l'aise. Rien ne vaut un bon lit chaud pour satisfaire nos corps.

Je prends une chaise inoccupée et me place à côté de lui. Son corps, à quelques mètres du mien, me rend toute chose. J'ai intérêt à me calmer au plus vite.

— Alors, ça s'est bien passé ce week-end ?

— Nan, je te rappelle que j'étais malade, grogne-t-il en roulant des yeux.

De ce que je constate, il l'est toujours, vu la façon dont il me parle. Mais je n'y prête pas attention, il va finir par aller mieux et tout sera comme avant. Merveilleux, parfait.

— Je t'aime, chuchoté-je à son oreille.

Jordan hausse les épaules, le regard toujours posé sur l'écran d'ordinateur. Je zieute ce qu'il fait. Il termine une couverture pour une prochaine romance qui va paraître dans quelques mois. La couverture est magnifique, comme tout ce qu'il fait.

Cela fait onze ans qu'il réalise des couvertures pour romans. Il crée un peu de tout. Fantasy, romances, thrillers. Il a su avec les années se diversifier.

— Tu devrais y aller, tu vas être en retard, me dit-il.

Je hoche de la tête. Il n'a pas tort, mon job m'appelle. Je me lève et me penche sur lui. Mes lèvres déposent un baiser sur sa joue, puisqu'il ne tourne pas sa tête pour m'embrasser et j'entreprends de partir. Au troisième et avant dernier étage de l'établissement, je me faufile dans mon bureau pour me mettre au travail.

Toute la journée, mes fesses sont posées derrière mon écran. Étant Community Manager, mon rôle consiste à m'occuper des sites et des mails. J'ai fait un bac plus trois en licence professionnelle e-marketing. Tout de suite, j'ai su que je voulais faire ça quand j'étais un peu plus jeune. J'ai aussi bossé dur pour y arriver et me félicite d'avoir accompli au moins un de mes rêves.

À ma place, j'allume l'ordinateur et me mets au boulot. Certains envoient des mails pendant la nuit. À croire que la journée ne suffit pas !

Je réponds à ceux que je peux. Je conseille des gens, leur donne des informations. Mon travail pourrait être vite lassant. Pourtant j'adore ça. Contrairement à ce que je pensais au début, chaque jour est différent. Certes, il m'arrive d'avoir les mêmes demandes, mais mes tâches sont diversifiées. Ce qui le rend magnifique.

Lentement, la matinée s'écoule. Je n'ai qu'une seule envie, retrouver mon homme et déjeuner avec lui. Je suis tout excitée ! Je vais pouvoir me lover dans ses bras et profiter de son agréable parfum de mâle qui me donnera des idées pour ce soir. Je n'arrête pas de sourire bêtement depuis une heure. Je souffle et regarde l'heure. Mon sourire s'élargit. Dans quelques minutes je vais pouvoir le rejoindre. Nous irons dans un restaurant rapide, au coin de la rue.

Mon ordinateur mis en veille, je mets ma veste et quitte mon poste. L'heure de la pause de midi a sonné. Lorsque je me détourne, je me stoppe. Mon homme est là, la mine triste, collé contre l'encadrement de la porte de mon bureau.

Putain, il est magnifique.

Il me parcourt des yeux quelques secondes. Je fais de même. Sa chemise noire l'affine et le rend à la fois fort. Ses épaules carrées sont affaissées. Mes yeux glissent le long de son corps. Ils s'arrêtent sur son visage. Ses yeux marron acajou sont plissés. Il n'y a plus l'amour que j'ai pu y lire tant de fois.

Que lui arrive-t-il ?

Doucement, je m'approche de lui. Il passe sa main dans ses cheveux bruns et fuis mon regard.

— On doit parler.

Les rares fois où Jordan m'a dit ça, les conversations qui s'ensuivaient n'étaient pas de tout repos. Son regard sur moi, ses fines lèvres s'étirent. Jordan se détache de l'encadrement. Il y a autre chose dans son regard. De l'excitation. Je saurais le reconnaître entre mille. Depuis le temps que je le connais.

— De quoi veux-tu parler, mon chéri ?

Ma main s'approche de sa joue. Je la caresse du bout des doigts. La chaleur de sa peau les réchauffe.

— Je n'ai pas arrêté de penser à toi, ma puce, tout le week-end.

Mes lèvres s'approchent des siennes et s'y déposent tout doucement, comme pour le remercier de son aveu. Jamais il n'a osé dire ce qu'il pensait ainsi. Pas sans y avoir été forcé. Jordan n'aime pas dévoiler ses sentiments. Quand il les montre, c'est qu'il est sincère, ou qu'il veut quelque chose. Là, regrette-t-il la façon dont il s'est comporté un peu plus tôt ?

— Moi aussi. J'étais inquiète. Tu ne m'as pas envoyée un seul message !

Il grimace et s'écarte d'un unique pas en arrière. Il prend le temps de fermer la porte pour pouvoir être en intimité avec moi.

Vite que la journée se passe !

— Ouais, j'étais pas mal occupé. C'est passé très vite.

Je ne commente rien. Même s'il ne me voulait pas à ses côtés, alors qu'il était malade, je me sens mal. J'aurais dû insister pour rester avec lui. C'est ce que font toutes les petites amies ! À la place, j'étais chez moi à m'inquiéter et à m'occuper de ma tortue naine.

Ses mains se posent sur mes hanches et m'attirent contre lui. Une vague de chaleur se propage dans mon bas ventre. Me sentir aussi près est une vraie torture. Je sens qu'il est excité par nos corps littéralement collés l'un à l'autre. Son bassin se presse contre le mien, m'arrachant un frisson qu'il remarque. Un sourire au coin des lèvres, il se penche sur moi et saisit mon cou de sa bouche. Je mords ma lèvre inférieure. Je suis très sensible à ce niveau et il le sait bien.

Ses deux mains me soulèvent comme si j'étais légère. J'enroule automatiquement mes jambes autour de sa taille, alors qu'il m'emmène vers mon bureau. Ma tête se renverse et il pousse d'une main les affaires au sol.

Je me ressaisis. Nous ne pouvons pas le faire ici.

— Attends, soufflé-je. On ne peut pas faire ça...

— Chut...

— Jordan... arrête, s'il te plaît. Si quelqu'un entre...

Il ne m'écoute pas et m'embrasse. Quelle magnifique façon de faire taire quelqu'un ! Mes doigts se faufilent dans ses cheveux et les siennes passent sous mon chemisier blanc. Je me cambre malgré moi sous ses caresses. Comme s'il avait le don de m'ôter tout doute et crainte.

Il retire ses mains et s'écarte de moi. Je le regarde étonnée. Sa tête se baisse et ses doigts entreprennent d'enlever la ceinture noire.

— Donne-moi un avant-goût de ce soir...

Jordan m'indique de sa tête son sexe qui se dresse quand son boxer est baissé.

— Jordan, tu...

— Aller bébé, ça ne t'a jamais traversé l'esprit de faire ça dans ton bureau ? D'être excité et stressé à la fois que ton patron te chope en train de baiser ? Ne dis pas non, je te connais bien. Tu rêves de te faire prendre là... peut-être même avec le patron, qui sait ?

Je secoue la tête négativement. J'imagine plus les choses de manière plus romantique. Et tout ça là, ce n'est pas romantique. Il aurait pu faire un effort. Me mettre en condition, dire quelques mots doux. Du moins, mieux que ça. J'ai juste la sensation qu'il est venu me voir dans l'unique but de se faire sucer ! J'ai horreur de ce ressenti.

— C'est bon, j'ai compris, grogne-t-il en remontant ses vêtements.

Jordan se détourne de moi et quitte mon bureau, me laissant seule et sous le choc.

Ni une ni deux, je lui cours après, mon sac à main à l'épaule. Je l'interpelle plusieurs fois. Il ne répond pas et entre dans l'ascenseur. À l'intérieur, il appuie sur le bouton du premier étage. J'entre à mon tour, décidée d'avoir une conversation avec lui. Jordan plaque son dos contre la paroi en métal et glisse son regard sur le sol. J'appuie sur le bouton arrêt. L'ascenseur se stoppe. Je me mets face à lui et croise les bras contre ma poitrine, pour me donner une prestance. Ce n'est pas avec ma taille de canette coca-cola que je vais l'impressionner.

— Tu ne peux pas débarquer dans mon bureau et me demander ça !

Il roule des yeux avant de les fixer sur moi. Son regard est dur, froid.

— Je t'ai embrassé et caressé, ça aurait dû te chauffer pour que tu acceptes de baiser, lance-t-il amèrement.

J'écarquille les yeux, plus que choquée par ses propos.

— Tu te rends compte de ce que tu dis ? Jordan... Tu penses vraiment qu'il suffit de ça pour me donner envie ?

— T'es une meuf, tu veux quoi de plus ? Un mec bien musclé pour t'exciter ? Un riche ? Le PDG ? T'es ma copine, tu dois faire ce que je te demande... Je ne vois pas le problème de faire ça à ton mec quand il veut.

Je ris, mais je suis vraiment agacée par ses propos. Bordel. Il se rend compte de ce qu'il me dit ? Il me prend pour quoi ? Ce n'est pas la première fois qu'il me fait le coup. Au début, je prenais sur moi. Sauf que là, ça ne m'amuse plus du tout. Je suis une femme et j'ai le droit d'être respecté ! Il lui arrive aussi de ne pas en avoir envie, je n'en fais pas tout un drame et le respecte !

— Ce que je veux, c'est de l'amour, de la passion, du romantisme ! Ne pas uniquement satisfaire tes envies !

Il fait la moue, énervé par ma réponse. Que veut-il que je réponde ? Un mensonge ? Que, oui il peut me prendre à son bon vouloir et que je n'émettrais aucune opposition ? Il se fourre le doigt dans l'œil.

— On n'est pas au premier jour, hein. Je n'ai pas besoin de te séduire pour que tu écartes les jambes !

Je me crispe, puis inspire pour évacuer l'énervement qui monte en moi.

Il doit être encore malade. C'est sûrement pour ça qu'il me parle ainsi. Je n'ai pas le droit de le juger. Ce week-end a dû être long et dur pour lui. Il est donc normal qu'il soit un peu chamboulé. Ou pas...

J'ai beau me répéter qu'il a peut-être une excuse, cette fois-ci la pilule ne passe pas. S'il avait ne serait-ce que du respect pour moi, il ne m'aurait pas demandé ça de manière aussi crue. Alors oui, je suis sa copine et il est normal d'avoir des relations sexuelles. Cependant, il y a une façon de procéder ! On n'arrive pas comme ça, couche avec la personne et repart tranquillement. Enfin, je suppose. Je ne suis quand même pas folle ? Est-ce moi qui me trompe ?

— Tu ne comprends vraiment rien, râlé-je en m'écartant.

— Non, c'est plutôt toi, réplique-t-il soudain agressif. Tu es tellement plongée dans ton petit monde que tu ne vois pas ce qu'il se passe ni ce qu'il risque de t'arriver. Tu es tellement stupide, Jules !

Mes sourcils se froncent, mes mains se posent sur mes hanches. Je ne comprends vraiment rien à ses paroles !

— Bordel, qu'est-ce que tu racontes ?

Ses épaules se haussent et son regard dévie sur les boutons de la cabine. Il soupire avant de sourire.

— Tu te souviens de Margot ? me demande-t-il.

Je lève les yeux au ciel. Oh oui, je me souviens bien de cette femme ! Rien que l'évoquer m'horripile.

— Ton ex. Et ?

— Je l'ai revue il y a quelque temps, m'avoue-t-il toujours le sourire aux lèvres.

— Et ?

Ma voix se fait plus dure. Il sait bien que je n'aime pas parler d'elle. Ils sortaient ensemble il y a un an. Puis ils ont rompu et peu de temps après nous nous sommes mis ensemble. Margot l'a harcelé jour et nuit pour qu'il la reprenne. Finalement, elle a fini par abandonner au bout de trois mois.

— Bah... je heu...

Il paraît hésitant. Sa voix se fait plus aiguë, signe qu'il stresse ou qu'il va me mentir.

— Accouche !

Je retiens ma respiration. J'ai peur de la suite.

— Margot est ma maîtresse... depuis deux mois, lâche-t-il.

Le monde s'écroule sous mes pieds. Je me retiens de justesse à la paroi pour ne pas tomber sur les fesses.

— Quoi ?

Ma gorge se noue. J'espère qu'il est en train de plaisanter.

Putain ! C'est une blague ?

— Je t'aime, Jules. Je voulais être honnête avec toi pour repartir sur de bonnes bas...

— Pardon ? Mais c'est une blague, hein ?

Sa tête se secoue de gauche à droite. Non. C'est la vérité. Je vais les tuer. Mon sang chauffe et mon rythme cardiaque s'accélère.

— C'est bon ! s'énerve-t-il. Je te l'ai dit ! J'aurais pu le garder sous silence alors sois-en contente !

— Connard ! m'écrié-je en le giflant.

Ma main émet un bruit sec et satisfaisant à mon goût. Je réprime un sanglot. La gorge nouée, je m'écarte jusqu'à heurter la paroi derrière moi. Mon cœur est en morceaux. Il vient de le briser à jamais. Son regard noir se pose sur moi. Oh bon sang, qu'il arrête avec cet air ! C'est plutôt moi qui devrais être énervée.

— Je ne peux pas avoir ce que je veux quand je veux, me dit-il. Alors j'étais obligé d'aller voir ailleurs !

Je ris nerveusement. S'il continue, je vais le découper en morceaux et l'enterrer.

— Donc je voulais que tu sois au courant, continue-t-il. Alors oui, j'étais avec elle ce week-end. Oui on a baisé... et oui je te largue.

Mes larmes coulent sur mes joues. Aucun moyen de les stopper. Je ne sais pas quoi dire. Je ne vais quand même pas le supplier de rester avec moi après ce qu'il vient de m'annoncer ! Ce connard m'a trompée avec son ex !

Il a toujours été parfait à mes yeux. Le plus beau, le plus fort, le meilleur en tout. Je n'ai rien vu. Il a dû bien rigoler derrière mon dos !

Je suis énervée. Mérité-je vraiment ça ? Si quelque chose n'allait pas, il aurait dû venir m'en parler ! Pas aller voir ailleurs. Il voulait quoi ? Voir s'il ne s'était pas trompé en se mettant avec moi ?

Jordan m'ignore royalement. Il appuie sur le bouton et l'ascenseur redémarre. Quand il s'arrête, les portes s'ouvrent, à l'endroit où je suis calée. Je n'ai pas le temps de comprendre ce qu'il se passe que je tombe. J'agite les bras, pensant que cela m'aiderait pour rester sur pieds. Ma main droite agrippe la paroi, mais cela n'empêche pas la chute. Des puissantes mains m'attrapent in extrémiste par les épaules et le haut de mon corps se colle contre mon sauveur. La personne me maintient fermement contre elle, son bras droit encerclant ma taille, pour m'aider à me remettre sur pied.

La peur que j'aie eue me fait trembler. Je lève les yeux vers Jordan qui dévisage l'inconnu derrière moi. Puis, je rebaisse la tête et remarque que c'est un homme. Il a une montre qui semble coûter très cher à son bras. Mon sauveur me relâche une fois que je tiens debout.

— Vous comptez tenir sur vos pieds ou dois-je rester à vos côtés ? me demande une voix masculine sur un ton rauque à mon oreille.

Ma bouche s'entrouvre. Je me dépêche d'essuyer les larmes sur mes joues, avant de me tourner vers un homme très bien habillé. Il a un sourire au coin de ses lèvres bien dessinées et attend ma réponse. Je le reconnais. C'est l'éditeur. Le grand patron. Celui pour qui je bosse.

Je bafouille plusieurs mots qui ne veulent rien dire. Émilien Weits laisse échapper un faible rire avant de reprendre son sérieux. Sa main se met au creux de mes reins et l'autre, m'indique l'ascenseur. La chaleur qui irradie mon bas ventre est vite maudite.

— Après vous, madame.

J'avance fébrilement à l'intérieur. Je n'ose plus me tourner vers mon patron. Il a dû me prendre pour une conne qui ne sait pas tenir sur ses jambes !

À plusieurs reprises, je renifle en gardant les yeux rivés sur mes talons. Je ressasse les paroles de Jordan et ne m'en remets pas. Jamais je n'aurais pu m'y attendre. Surtout pas aujourd'hui. Aussi vite.

L'ascenseur repartit, un lourd silence plane dans la cabine. Seuls mes reniflements se font entendre. Je n'ai même pas encore pris le temps de le remercier. Sérieusement ! Il va me prendre pour une personne ingrate !

Je prends mon courage à deux mains. Je relève la tête.

Il ne va pas me manger !

Je remonte le long de son corps. Un raclement de gorge retentit. Je me rends compte que je m'étais stoppée au niveau de l'entrejambe de mon patron. Mon cœur loupe un battement. Heureusement, il a le nez fixé sur son téléphone. Tant mieux ! C'est donc Jordan qui a dû racler sa gorge. Merde, il va me prendre pour quoi ?

Pourquoi dois-je m'inquiéter de ce qu'il va penser de moi ? Je n'ai pas couché avec un autre homme ! Alors il serait mal placé pour me juger.

— Monsieur Weits, fais-je timidement.

L'homme américain à l'accent discret porte son attention sur moi. Un sourcil arqué, il attend que je me justifie de l'avoir dérangé. Il plonge ses yeux vert émeraude dans les miens. Je mords ma langue, tandis qu'il m'examine. Je dois faire peur avec mes yeux rougis et mon mascara qui a dû couler. Ce n'était pas du tout, mais alors pas du tout, le moment pour attirer son attention. Je me suis déjà fait remarquer en tombant stupidement. Encore une chance qu'il ne m'ait rien dit pour mon allure à faire fuir !

— Merci pour tout à l'heure.

Ma voix est frêle. On pourrait croire une jeune fille complètement terrorisée devant un homme plus vieux. En vrai, ce n'est pas vraiment ça. Je viens de me faire larguer comme une merde. J'ai donc le droit, même le privilège, de ne pas être au top de ma forme !

— Mmh, de rien. Vous êtes sûr que vous allez bien ?

Sa voix, à l'accent anglais, est calme, douce. Il jette un coup d'œil à Jordan. Je reste complètement plongée sur mon patron.

— Très bien, merci, mens-je en souriant. Et vous ?

Monsieur Weits hoche de la tête et la baisse pour zieuter son téléphone. J'observe du coin de l'œil ce connard de Jordan. Nos regards se croisent. Je me détourne vite. Je sens que je pourrais le frapper à nouveau pour avoir ce magnifique sourire aux lèvres. Comment peut-il être aussi ravi ?

En une journée, je suis passé de l'amour à la haine. Je le hais plus que tout ! Il m'a déçu, trahi. Si notre patron n'était pas là, je crois que je pourrais lui faire la peau !

Puisque je ne suis pas du genre à me plaindre, je compte garder tout ça pour moi. Hors de question que j'en parle à mon nigaud de grand frère. Il serait capable de s'en prendre à Jordan. Je n'ai pas du tout envie d'avoir des ennuis par sa faute.

Ce que l'ascenseur est long !

Ils ont baissé la vitesse ou quoi ? Jamais des secondes ne m'ont parue aussi longues. Sûrement, car je suis très impatiente de partir d'ici pour m'effondrer dans mon coin et inonder ma nourriture de mes larmes salées.

Enfin, l'ascenseur s'arrête au premier étage. Jordan sort le premier les poings serrés. Mon patron me laisse passer avant lui.

Il est très poli, lui !

Je me retiens de me tourner vers lui. J'avance d'un pas rapide vers les portes de sortie. Elles sont devant moi. Encore quelques mètres et je pourrais m'enfuir d'ici pour un bon quart d'heure.

Une bonne idée traverse mon esprit. Tiens ! Moi aussi je vais écrire un roman et raconter comment mon mec m'a annoncé qu'il me trompait et qu'il me larguait ! Ok, c'est une très mauvaise idée. Le personnage masculin risque de mourir prématurément dans d'atroces souffrances, pour mon plus grand bonheur.

J'ouvre la porte. Une bouffée d'air frais fouette mon visage. J'inspire puis râle. Je n'ai même pas de petit miroir dans mon sac. Je ne peux pas essuyer mon maquillage. Il est trop tard pour faire marche arrière. J'avance la tête baissée et me stoppe une fois au beau milieu du parking. Je ne peux pas aller plus loin avec une gueule de panda ! Toute cette histoire m'a fait tourner la tête. Je marque une pause pour reprendre mes esprits. Je dois m'arranger avant de filer prendre à manger au coin de la rue.

Je m'avance vers une voiture en retrait après avoir bien pris le temps de m'assurer que personne n'est dans les parages. On pourrait me prendre pour une voleuse qui tente de piquer une bagnole. Penchée, je m'observe dans le rétroviseur côté passager.

Mon Dieu ! La tête que j'ai ! Ils ont dû me prendre pour une folle sortie d'un hôpital psychiatrique. La honte ! Mon mascara zèbre bien mes joues. J'examine mes mains. J'ai des traces noires.

Cet enfoiré ne pouvait pas attendre après, quand je suis au naturel ? Non ! Il a fallu qu'il m'annonce ça sur mon lieu de travail. À croire qu'il a fait exprès.

Je n'ai rien sur moi pour me nettoyer. Je grogne, excédée. Je ne sais pas comment faire. Et surtout, vite. Je ne peux pas passer tout mon temps de repas à tenter de trouver un moyen pour m'arranger.

C'est la pire pause de ma vie ! J'aurais dû rester dans mon bureau.

— Puis-je accéder à mon véhicule ? fait une voix d'homme amusé.

Cette voix si charmante...

Mes yeux bleus se détachent de mon horrible reflet pour se poser sur Émilien Weits. L'homme en costume noir m'adresse sa voiture d'un signe de la tête. Je me recule, silencieuse. Comme par hasard, il fallait que je tombe sur la sienne ! J'enchaîne vraiment les conneries aujourd'hui.

Il s'avance tandis que je me recule encore. Après avoir jeté un coup à sa portière, il fouille dans sa sacoche en cuir noir. Là, il me tend quelques mouchoirs. Je les accepte soulagée.

— Vous avez l'air d'en avoir besoin, me dit-il.

— Oh oui, malheureusement... Merci beaucoup Monsieur.

Monsieur Weits me fait un signe de la tête entendu. Les clés en main, il ouvre son véhicule et dépose sa sacoche en cuir sur la banquette arrière. Je m'avance vers la voiture vide d'à côté et me nettoie. J'ai encore le goût amer de la trahison de Jordan. Et si j'avais accepté de coucher avec lui ? Il m'aurait aussi tout avoué ? Ou il l'aurait gardé pour lui pour pouvoir profiter encore de moi ?

Enfin correcte ! Enfin, c'est vite dit. J'ai encore les yeux rouges d'avoir pleuré et la gorge serrée. Sans oublier que j'ai dû enlever le fard à joue rosée. Alors oui, maquillée au travail c'est bien. On est plus présentable, plus belle. Mais personne ne peut nous faire la bise et on ne peut pas se faire larguer comme une merde. Je suis dorénavant contre le maquillage ! Sauf, qu'il peut être pratique pour cacher les marques de fatigues et la mauvaise mine due à des nuits blanches, à cause d'un connard qui a gâché notre vie. Un mal pour un bien, donc.

Je me tourne vers mon patron qui est adossé à sa voiture, les mains dans les poches. Il me regarde d'un air inquiet. Jamais un inconnu ne m'a porté un tel intérêt. C'est bizarre, mais j'ai l'impression qu'il se demande pourquoi je suis comme ça et qu'il n'ose pas. Je me fais probablement des idées. Je suis son employée. Pas son amie. Il me paye pour faire mon job, pas pour que je lui parle de ma vie privée.

— Jules Becker, dit-il, comme pour lui-même, avant de parler plus fort. Madame Becker, je me demandais si vous accepteriez de m'accompagner manger dans un fast-food...

Il laisse sa phrase en suspens. J'arque un sourcil. Pourquoi voudrait-il manger avec moi ? Pourquoi un homme comme lui ?

Émilien Weits n'est pas français, d'où ce petit accent tellement amusant. Il vient d'Amérique. De ce que je sais, il est né à Chicago le dix-sept avril mille neuf-cent quatre-vingt-treize. Il a vingt-huit ans. Il a grandi là-bas. Pour ses études, il est venu en France. Il a appris le français et le parle très bien malgré son petit accent.

Il a monté sa maison d'édition il y a un peu plus d'un an, tout seul. Son but ? Aider des auteurs. La maison a commencé à s'agrandir et avoir un peu de succès au fils des mois. Au tout début, il travaillait chez lui. Puis il a pu acquérir un endroit qui allait être détruit. Il a engagé du monde, et les gens se sont intéressés de plus près aux livres qu'il sort.

— Je suis désol...

— Vous ne pouvez pas refuser, me coupe-t-il.

Je détourne les yeux. Son sourire dévoilant ses dents parfaitement blanches m'a donné un coup de chaud. Mes joues n'ont plus besoin de fard rosé.

Du coin de l'œil je vois Jordan regarder dans notre direction. Il n'est pas seul. À ses côtés se tient Margot qui lui serre la main. Ils sont tous les deux assis sur une pierre et mangent. Elle pose sa tête sur son épaule.

Que fout-elle là ? Que je sache, elle ne travaille pas ici ! Il avait donc vraiment décidé de manger avec elle ce midi ? Depuis quand prévoyait-il de rompre avec moi pour elle ?

Un raclement de gorge m'empêche de me triturer plus la cervelle. Je porte mon attention sur mon patron.

— Montez, m'ordonne-t-il.

Il fait le tour pour ouvrir la portière. Je sens le regard de mon connard d'ex. Il doit me prendre pour une folle et je m'en fous totalement. J'ai même envie qu'il regrette ce qu'il m'a fait. Il m'a anéantie. Je monte dans la voiture. Je ne devrais pas. Pourtant là, je souris et examine Jordan, qui ne lâche pas des yeux notre patron. La ceinture mise et totalement crispée par la peur, j'observe Monsieur Weits. Il ne m'adresse pas un regard et démarre.

Pourquoi ai-je accepté ? Pour faire chier Jordan. Seulement je n'ai pas réfléchi. Pourquoi Émilien Weits a-t-il insisté ? Pourquoi perdre du temps avec une de ses employées ? Et s'il était comme Jordan ?

Je me pose beaucoup de questions. Nous arrivons finalement au fast-food qui n'est qu'à quelques minutes en voitures. Je sors du véhicule et tiens fermement mon sac. Je n'ai pas vraiment la tête à manger maintenant, encore chamboulée par l'aveu de Jordan. Il est devenu mon ex sans que je m'y attende ! Il dit m'aimer, mais il me trompe et rompe avec moi ! Tout ce qu'il voulait était que je le satisfasse.

Je marche bien derrière Monsieur Weits qui avance avec grâce. Regarder n'est en aucun cas toucher ! Enfin, j'espère être discrète. Je profite pour l'observer discrètement. Ça ne peut me faire que du bien. Mon regard se pose sur ses fesses. Soyons honnêtes, ce que j'ai sous les yeux me donne un nouveau coup de chaud. J'ai peur qu'il me chope en train de le mater.

Bordel ! Il faut que je me ressaisisse ! Je viens de me faire larguer il n'y a pas quinze minutes. Je ne peux pas oublier ce qu'il s'est passé et regarder un autre homme. Mon patron. Ça ne se fait pas. Je dois me concentrer. Maintenant, je dois manger, oublier Jordan et continuer le travail. Rien de bien compliqué...

Ou pas ! Comment oublier ce connard ? En l'enfermant dans une pièce pour toujours ? C'est vraiment dommage que le meurtre soit illégal.

Je me sens mal. Je suis blessée au plus profond de mon être. Je hais Jordan. Je me hais. Jamais je n'aurais regardé un homme aussi vite après m'être fait jeter comme une sombre merde. Jamais je n'aurais dû aimer cet homme. Oui, je l'aimais. Plus que tout. Putain ! Je n'en reviens toujours pas. Est-ce la réalité ? M'a-t-il vraiment fait ça ? Non, je ne peux pas y penser maintenant. Ce n'est pas le moment. Ce soir, quand je serais seule chez moi je pourrais me laisser aller et pleurer toutes les larmes de mon corps. Là, ce n'est pas possible. Mon patron va me prendre pour une folle.

Monsieur Weits tire une chaise et m'invite à m'asseoir. En silence, je prends place puis le remercie. Il se met en face. Jamais je ne me suis retrouvée vraiment seule avec lui. Il me fait même peur, à me sourire aussi magnifiquement. Et s'il voulait me parler de mon travail ? Et s'il était aussi gentil, car il veut m'annoncer qu'il me vire ? Bon sang ! Je devrais arrêter de réfléchir. Je me fais encore plus de mal.

Nous attendons la commande que mon patron a prise à l'une des bornes dans le fast-food. Ma main tapote du bout des doigts sur la table. Aucune impatience, juste le stress. J'observe autour de nous. Il y a des couples, des jeunes et même des personnes âgées qui sont en train de manger. Lorsque notre repas arrive, dans un très court délai, je laisse mon patron s'en charger. Il prend les devants et me sert. Encore une fois, je le remercie timidement.

Le jus d'orange dans les mains, je bois une gorgée et le repose sur la table. L'odeur des frites est succulente. J'en respire à pleins poumons. Ça fait longtemps que je n'en ai pas mangé.

— Je suis navré, fait Monsieur Weits. J'aurais pu vous emmener dans un restaurant plus... chic. Mais je me suis dit que pour moins d'une heure cela aurait fait juste...

Je secoue la tête en souriant.

— Non, c'est très bien ici. Je voudrais par contre savoir pourquoi vous avez insisté.

Il arque un sourcil. Ses lèvres se pincent tandis qu'il prend un air comme s'il réfléchissait. J'attends qu'il me réponde alors qu'il attrape son coca et boit une gorgée. Tout en le reposant sur la table, il finit par le faire.

— Vous étiez en pleurs sur votre lieu de travail et votre collègue, qui n'avait rien à faire ici, semblait amusé.

Je reste muette. Je ne sais pas quoi dire. C'est donc pour ça qu'il m'a invité. Quel genre de patron fait ça ?

— J'ai eu vent de votre relation, continue-t-il. Cela n'est pas interdit. Vous êtes adulte, vous faites ce que vous voulez tant que votre relation ne dérange pas votre travail. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous, mais j'aimerais que cela ne se reproduise pas dans les locaux de ma maison d'édition.

Sa voix posée ne s'accorde pas avec ses mots. Il devrait être agacé et pourtant, il n'a pas l'air de l'être. Après, personne ne sait ce qu'il pense.

— Cela ne se reproduira plus, affirmé-je.

— Je l'espère, réplique-t-il froidement. Bon appétit, Madame.

— Merci beaucoup, à vous aussi.

Nouveau signe de la tête de sa part. Nous commençons à manger. En temps normal je prendrais mon temps, sauf qu'en temps normal je ne mange pas avec mon boss. J'essaie de me dépêcher pour retourner au travail.

Le repas se passe plutôt vite. J'ai tenté de trouver à quoi penser pour oublier. Je n'ai pas envie d'y songer. Pas maintenant. Je suis encore un peu choquée. J'ai même la sensation d'être dans une phase d'inacceptation. Peut-être suis-je en train de nier ? De me mentir inconsciemment sur notre rupture. Oui. J'aimerais tellement que ce soit un mauvais rêve. Que quand je vais me réveiller je serais à ses côtés et l'embrasserais. Il n'y aurait pas cette Margot entre nous. Il n'y aurait que nous deux et notre amour.

Émilien Weits commande un café et me prend un gâteau. Plus exactement un muffin au chocolat. Après avoir été servi, il m'adresse un chaleureux sourire.

— Une femme triste aime manger. Surtout des desserts.

— Je ne suis pas triste, mens-je.

Ses yeux verts se lèvent au ciel. Visiblement, il ne me croit pas et il a bien raison !

— Je ne devrais pas me préoccuper de votre vie privée, car cela n'est pas poli et ne me regarde pas. Mais je vais prendre le risque de vous embêter avec mes questions. Puis-je savoir ce qu'il s'est passé avant mon arrivée ?

Comment dire... mon copain m'a demandé de le sucer dans mon bureau. J'ai refusé alors il m'a annoncé qu'il me trompait et qu'il rompait avec moi... Ouais, impossible de lui dire ça.

Mon cerveau se met à fonctionner à cent à l'heure. Je réfléchis aux mots que je vais employer. Parler ouvertement de sexe à son patron, c'est tout à fait déplacé.

— Jordan a rompu avec moi, lâché-je.

— Oh, souffle-t-il.

Il prend un air compatissant. C'est alors que je remarque que sa main se pose sur la mienne. Ses doigts pressent ma peau. Je le regarde, incrédule. Non pas par son touché, mais par la chaleur et l'électricité qui m'a parcouru à son geste osé. Monsieur Weits racle sa gorge comme s'il avait compris mon trouble et s'écarte.

— Ouais...

— Il se rendra compte de son erreur, me dit-il.

Je lui souris. J'aimerais bien y croire. Sauf que Jordan est déjà passé à autre chose. Et depuis pas mal de temps !

— Même s'il s'en rendait compte, je ne lui donnerais jamais de deuxième chance. Il ne la mérite pas !

Ses sourcils se froncent. Il se penche sur moi et me domine de sa taille, même assise. Son parfum m'enivre. Je prends une bouffée d'air, mêlée à son odeur et plonge mes yeux dans les siens.

— On a tous le droit à une deuxième chance, grogne-t-il. Tous. Ne vous prenez pas pour une personne au-dessus qui pe...

— Vous ne savez pas ce qu'il s'est passé, lui coupé-je énervée. Il... il m'a trompée...

— Malheureusement cela arrive souvent, lâche-t-il. Il arrive qu'une fois, on succombe aux charmes d'une autre dame et qu'on le regrette.

Je secoue négativement la tête.

— Lui ce n'est pas une fois ! Il avait une maîtresse depuis plusieurs mois !

Comme s'il ne savait plus quoi répondre, Monsieur Weits se remet contre le dossier de la chaise en gardant les yeux posés sur moi.

Je viens quand même de lui balancer ma relation avec Jordan. Je me sens si minable de m'abaisser à ça. Quoique... même s'il n'a pas besoin de savoir tous les détails, ça me fait du bien d'en parler.

— Je comprends ce que vous pouvez ressentir, déclare-t-il. Mais sachez que nous sommes tous humains. Nous commettons tous de malheureuses erreurs qui nous suivent toute notre vie.

Ce qu'il me dit me laisse perplexe. Aurait-il commis une erreur, lui aussi ? En aurait-il subi les conséquences ? Je suis très curieuse, je fourre mon nez un peu partout. Là c'est différent. C'est mon patron, je ne peux pas lui demander de me raconter sa vie.

Alors que je vais pour lui dire le fond de ma pensée, il me coupe en me demandant si j'ai terminé. Je fais un oui de la tête et le suis pour regagner notre travail. Durant le trajet, il ne fait que de me poser des questions. Jamais je n'ai eu l'occasion de les lui retourner.

Alors que nous regagnons la maison d'édition en souriant, nous nous stoppons net. Devant nous se trouve Jordan et Margot en train de s'embrasser. Ma mâchoire se serre. Il est encore avec elle ! Si c'était encore possible, je m'inscrirais à une secte pour sorcière et apprendrais comment jeter le mauvais œil sur un connard dans son genre.

Je tourne mon visage vers mon patron qui les dévisage un bref instant. Pendant quelques secondes, il observe son téléphone qu'il a sorti de sa poche avant de reporter son attention sur les deux à quelques mètres des portes.

— Je suis navré d'interrompre votre séance de baisers, s'exclame Monsieur Weits. Seulement Monsieur Texier. Vous êtes en retard.

Ma bouche s'entrouvre. Cela veut dire que je le suis aussi ! Oh bon sang !

Les deux sursautent en entendant Monsieur Weits leur parler. Margot, belle brune aux yeux vairons de vingt-sept ans, observe l'homme qui se trouve à mes côtés. Elle mord sa lèvre inférieure, avant de lui sourire grandiosement.

— Oh merde je heu..., bafouille Jordan, stupidement. Mais Jules est aussi en retard !

Monsieur Weits lâche un rire franc. Ses épaules se haussent et il reprend un air sérieux.

— Madame Becker était en ma compagnie. De toute façon, je n'ai pas à justifier le retard de Madame. Vous êtes en faute, pas elle. Ne retournez pas les choses pour vous sauver, Monsieur. Maintenant, retournez à votre place et tâchez de ne plus inviter votre amie ici à nouveau.

Son ton est froid, condescendant. Si j'étais à la place de Jordan, je serais partie en courant me réfugier dans un trou de souris. Émilien Weits me fait un signe de le suivre. Nous dépassons les deux individus et entrons dans la maison d'édition. Sans un seul mot, nous gagnons les ascenseurs. À mon étage, je le remercie à nouveau avant de m'enfuir assez vite. Il va me prendre pour une cruche, mais peu importe. Je ne me sentais pas à l'aise.

— Bonne après-midi, Madame Becker, me dit-il.

Je me stoppe, les poings serrés.

Idiote !

— Merci à vous aussi, soufflé-je.

Je ne sais même pas s'il m'a entendu, mais de toute façon c'est trop tard. Je suis en train de traverser le couloir pour accéder à mon bureau, qui est maintenant pour moi un endroit où me cacher.

Le soir venu, à peine un pied dans mon appartement, je m'effondre en larmes. J'ai fait de mon mieux pour ne pas repenser à ce qu'il s'est passé durant l'après-midi et là je ne peux plus me retenir. Tout ce que j'ai refoulé sort. J'ai beau nous insulter tous les deux, lui pour m'avoir détruit et moi pour n'avoir rien vue, cela ne mène nulle part. Il a pris tout l'amour que j'avais et me laisse complètement vide. Dire que j'ai toujours pensé que je ne le méritais pas, qu'il était au-dessus de moi ! En niveau connerie, oui !

Je suis furieuse. Contre nous deux. S'il savait que notre relation n'allait pas aller loin, il aurait dû m'en faire part. Comment ai-je pu être aussi stupide ? J'ai réellement cru avoir trouvé l'homme de ma vie.

28 Novembre 2022 04:46:52 0 Rapport Incorporer Suivre l’histoire
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