zizanie Zizanie Savage

Dans l'ouest sauvage, personne n'est gagnant. Nouvelle retraçant la quête d'honnêteté d'une bande de hors la loi.


Action Interdit aux moins de 18 ans.

#trahison #sentiments #western #violence #sang #nouvelle #combats #hors-la-loi #honneur #crimes #famille #duel # #armes
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Une pluie de plombs

Les portes du saloon s'ouvrirent en claquant, un courant d'air sec entrant à l'intérieur en apportant une épaisse poussière, l'établissement était assez médiocre, à l'image de la petite ville minière où il se trouvait, il manquait des planches au sol, des impacts de balles, souvenirs laissés par des ivrognes, ornaient les murs à la tapisserie délavée, un lustre brinquebalant surplombait ce triste tableau, menaçant de tomber sur le prochain individu qui aurait le malheur de passer dessous.

Les rares personnes présentes avaient aussi triste allure que le bâtiment, quelques mineurs exténués, quelques fermiers éméchés, et un barman mal rasé.

Surplombant ce groupe morose, accoudées à la balustrade de l'étage au-dessus, cinq jeunes femmes vêtues de robes plus que révélatrices ricanaient en discutant gaiement, leurs visages fortement maquillés peinant à dissimuler leurs yeux tristes et éteints .

Tout ce peuple arrêta quelques secondes ses activités pour observer le nouvel arrivant, c'était un grand homme maigre, aux cheveux blond comme le blé et doté d'une barbe fournit, l'ayant identifié comme un trappeur venant régulièrement dans l'établissement, l'attention se détourna rapidement de lui.

Il resta dans l'entrée quelques instants, savourant le plaisir de la civilisation après de longues semaines en montagnes, ce n'était certes qu'un établissement miteux sentant le tabac froid et la moisissure, mais quand on passait la plus grande partie de son temps à vivre en ermite dans les bois, le moindre taudis avait des allures de palace.

Il se dirigea vers le comptoir, échangeant un signe de tête avec le barman en se penchant vers lui :

- Un whisky s'il te plaît Charles, il leva la tête en direction des femmes qui ricanaient au-dessus d'eux tandis que Charles lui servait son verre.

Et tant que j'y suis, c'est toujours le même prix pour les filles ?

Le barman n’eut pas le temps de répondre, car l'attention du trappeur c'était tournée vers la seule autre personne accoudée au comptoir, une femme d'une trentaine d'années, de forte corpulence, vêtue d'une salopette en jean et d'une casquette plate, d'où s'échapper une tignasse de cheveux roux emmêlés, il émit une exclamation de surprise :

- Et Bha ! Elle est nouvelle celle-là ! Dit Charles y en à vraiment qui paient pour baiser ça ?

Et il éclata d'un rire gras avant de s'approcher d'elle avec un sourire malsain, la femme ne lui jeta même pas un regard, se contentant de boire quelques gorgées du verre de whisky posé devant elle à un rythme régulier .

L'autre homme releva la tête, les sourcils froncés :

-C'est une cliente, fout lui la paix Thomas.

Le dénommé Thomas grimaça un sourire, dévoilant des dents pourris, sans se rendre compte que tous les regards étaient posés sur lui, attendant la suite des événements :

-Rho ça va je fait rien de mal, Il s'assit sur le tabouret à côté d'elle, l'inconnue tourna la tête vers lui, elle avait un visage rond et pâle couvert de taches de rousseur, de petits yeux marrons au regard las, et une grande cicatrice verticale lui fendant la face d'une joue jusqu'au front, il ricana de plus belle :

-Bon dieu ce que t'es laide !

Il la détailla de la tête au pied d'un regard lubrique :

- Fin bon, moi ça me dérange pas, au moins tu me coûtera pas cher, puis avec quelques dollars tu pourras te payer une belle robe, même si ça arrangera pas ta gueule !

Et il fit claquer sa main sur le postérieur de la jeune femme.

Si elle n'avait pas montré la moindre réaction jusqu'ici, cette action sembla mettre le feu au poudre, car Thomas se retrouva rapidement en équilibre sur son tabouret, les mains en l'air, bégayant et geignant de douleur, les testicules enserrées dans une poigne comparable à un étau, et l'extrémité d'un fusil à canon scié pointé sur le crâne.

Un silence pesant régnait sur la salle, seulement troublé par les gémissement de Thomas, qui haletait, les larmes aux yeux, la rousse se pencha un peu plus vers lui, soupirant en secouant la tête, s' adressant à lui d'une voix basse et monocorde:

- Tu sais en général je suis quelqu'un de plutôt raisonnable, mais j'aime pas du tout la manière dont tu as l'air de traiter les femmes.

Même celles qu'on paie pour se coucher mérite le respect, surtout si c'est pour des raclures dans ton genre.

Alors tu vas choisir.

Il cligna des yeux sans comprendre, respirant difficilement.

Elle continua, son visage n'affichait rien d'autre qu'un air las, aucune colère ni rancœur ne semblait l'habiter, elle se contentait d'énoncer les faits, toujours tranquillement assise sur son siège :

-L'une de mes mains va relâcher la pression, l'autre va la resserrer, alors ? Je t'écrase les couilles à main nue ou je t'explose le crâne ?

L'autre émit un gémissement, une larme coulant au coin de l'un de ses yeux, les autres personnes présentes ne semblait pas décidées à aider le dénommé Thomas, c'était après tout quelque chose qui lui pendait au nez depuis un long moment, chacun se demandant seulement si la grosse femme assise au comptoir ferait preuve de clémence.

Les portes du saloon s'ouvrirent de nouveau à la volée, les têtes se tournants une fois de plus dans leurs direction, le nouvel arrivant était un jeune homme de grande taille, qui se déplaçait en boitant de manière prononcée, il avait la peau noire et une cigarette pendait au coin de ses lèvres, il ne parut pas surpris plus que cela en entrant dans la pièce, se contentant de soupirer avec un air exaspéré en marmonnant :

- Bon dieu mais qu'est ce que vous avez toutes aujourd'hui ?

Puis il s'adressa à la rousse sans se préoccuper de l'homme qu'elle menaçait d'une arme.

Écoute Mo je me fous de ce que tu es en train de faire mais on a un problème, le Shériff a arrêté Aponi.

Mo soupira sans pour autant lâcher sa prise, discutant comme si de rien était :

-Tu l'as payé cette semaine ?

L'autre haussa les épaules, jetant son mégot au dehors d'un air agacé:

-Évidemment que je l'ai payé, je suis le seul de cette putain de bande à pas faire n'importe quoi, mais il veux rien entendre, elle a griffé son adjoint cette fois ci, il a perdu son œil et le vieux veux la faire pendre.

La jeune femme soupira à nouveau, avant de relâcher la pression qu'elle exerçait sur les parties génitales de Thomas, qui tomba lourdement de son tabouret, se tortillant au sol en tentant de s'éloigner d'elle, elle se dressa au dessus de lui en rengainant son fusil :

-J'ai pas le temps pour un cafard comme toi, souviens toi bien que si t'es encore en vie et entier c'est grâce à la stupidité d'une gamine.

Et elle lui donna un violent coup de pied en plein visage avant qu'il ne puisse réagir, l'assommant sur le coup, puis elle se baissa pour fouiller ses poches, récupérant une poignée de dollars, elle les posa sur le comptoir à l'intention de Charles :

-Donne leur journée aux filles et paie une tournée à ses ivrognes.

Puis elle se dirigea vers la sortie tandis que les occupants du saloon se précipitaient vers le bar en l’acclamant comme le messie.

Elle suivit son acolyte à l'extérieur, ils effectuèrent en silence les quelques pas qui les séparaient du bureau du shériff, dont les portes et fenêtres semblaient avoir étaient barricadées de l'intérieur.

De l'autre côté de la rue, un homme et une femme âgés d'une cinquantaine d'années étaient abrités derrière un chariot, armes à la main, Mo leurs fit signe de restaient vigilants avant de se placer devant la porte du bâtiment, l'homme qui l'avait prévenu se plaça à ses côtés, aussitôt des canons de fusils sortirent des volets entrebâillés, et une voix courroucé s'éleva de derrière les barricades:

-T'approches pas Maureen, la seule raison pour laquelle je vous laissez tranquille c'est parce que j'ai connu ton père, et même si c'était un hors la loi c'était un bon gars, avec un code d'honneur, et je pensais que t'étais pareille après que vous ayez délogé les bandits qui occupaient la mine, mais si tu sais pas tenir tes gars alors vous êtes qu'un gang de tueurs de plus.

La femme passa les pouces dans les bretelles de sa salopette avec une grimace de dédain :

-La seule raison pour laquelle tu nous laisses tranquille c'est parce qu'on te paye grassement pour ça.

La porte du bâtiment s'ouvrit à la volée, révélant un homme de petite taille au ventre proéminent et doté d'une épaisse moustache blanche, un chapeau délavé coiffé son crâne dégarni, et une étoile de shérif brillait sur son gilet.

Il sembla d'abord furieux, épaulant son fusil, comme prêt à tirer, mais, voyant que Maureen n'avait pas bougée d'un pouce, donnant l'ordre à sa bande de ne pas réagir, il soupira longuement avant de baisser son arme :

- Bordel Mo, elle a défiguré Jimmy... Je peux pas laisser passer ça, alors elle part avec le prochain convois du Marshall, je me contrefous que vous la libériez sur le chemin, mais si vous tentez quoi que ce soit dans ma ville ce sera un bain de sang, c'est pas ce que je veux, et je sais que toi non plus.

Elle l'observa quelques instants sans rien dire, une goutte de sueur dégoulina sur le front anxieux du vieil homme, finalement, elle leva les mains en l'air en signe de reddition :

-Laisse-moi au moins lui parler.

Il sembla hésiter, derrière lui la voix d'un de ses adjoint s'éleva :

- C'est pas une bonne idée Chef...

L'espace d'un instant, l'air indifférent et las qu'affichait en permanence le visage de Maureen s'effaça, faisant place à une grimace soucieuse, une certaine détresse était perceptible dans sa voix morne, bien qu'elle s'efforça de le cacher :

-Écoute, je te demande pas de la libérer ou quoi que ce soit, je veux juste lui parler...

Le petit homme hésita quelque seconde de plus, avant de s'écarter de l'entrée en hochant la tête:

-Juste toi, sans armes, t'as cinq minutes, me le fait pas regretter Maureen, c'est en souvenir de l'enfance que j'ai passé avec ton père en Irlande, ce sera la dernière faveur que je te ferais, après je veux plus vous revoir dans ma ville.

Elle haussa les épaules sans rien dire, détachant son ceinturon contenant son fusil à canon scié ,un colt, et un couteau de chasse, donnant le tout à son compagnon boiteux, qui n'avait pas l'air ravis de la tournure des événements :

-Mo, si tu rentres là dedans t'en ressortira pas.

Elle lui sourit tristement en lui posant une main amicale sur l'épaule :

-C'est possible, mais il faut que je la voit Josh, je peux pas la laisser seule, et si je ressort pas, partez d'ici, toi et les autres, risquez pas vos vies pour nous.

Puis elle se dirigea vers la porte du bureau du Shériff sans qu'il ait le temps de répliquer.

Entrant à l'intérieur, elle passa devant deux des adjoints qui l'observèrent avec méfiance, l'arme à la main, à droite de l'entrée, dans une petite pièce, elle vit un homme allongé sur un lit, un côté du visage couvert de bandage imbibé de sang, délirant sous l'effet des calmants, le médecin de la ville assis à ses côtés.

Continuant son chemin à travers le bâtiment, elle se retrouva devant les cellules, s'asseyant en face de la seule occupante des lieux.

C'était une jeune fille d'à peine quinze ans, aux vêtements poussiéreux, et dont les courts cheveux noirs en batailles lui tombaient devant les yeux, elle avait un visage fin et la peau mate, elle resta silencieuse, la tête baissée, Maureen sortit un morceau de cigare d'une des poches de sa salopette, l'allumant avant d'entamer la conversation :

-Tu sais, avant que Joshua vienne me chercher, j'étais en train de donner une leçon à un imbécile irrespectueux, je l'aurais pas tué, mais il aurait sûrement jamais eu de gosse, en tout cas, c'est qu'un pouilleux que personne supporte, même si il se plaignait au shériff, les témoins me soutiendraient.

Elle tira plusieurs bouffées avant de continuer:

-Alors maintenant Aponi, explique moi ce qu'il t'as pris de défigurer un des adjoints du vieux devant tous les représentants de la loi de cette foutue ville?

La jeune fille releva brusquement la tête, un rictus de colère lui tordant le visage :

-Ce fumier m'insulte et me traite de peau-rouge depuis qu'on est ici ,il à dit que j'étais tellement minable que même les miens voulaient pas de moi, il me traitait de sauvage, alors je lui ai donné raison.

Un nuage de fumée s'échappa des narines de la femme rousse:

-Et alors?

Après un instant de surprise, et d'incompréhension la plus jeune se jeta contre les barreaux de fer en hurlant de rage, tentant de griffer Maureen d'une main déjà tachée de sang, derrière elles, le shériff, qui les surveillaient de loin posa sa main sur son revolver, prêt à intervenir.

Mo esquiva le coup sans difficulté, attendant qu'Aponi se calme, tournant en rond dans la cellule comme un tigre en cage :

- Sur les avis de recherche avec ma trogne dessus il y a marqué quoi ?

La brune s'arrêta net, l'observant sans comprendre.

- Maureen O'kanan, dit "la grosse" .

Aponi soupira en baissant la tête, tandis que la rousse écrasait son mégot de cigare au sol:

-Si je devais tuer tous ceux qui m'insultent, la moitié du pays serait déjà six pieds sous terre.

Tu est indienne, je suis une Irlandaise moche à en faire peur, Josh est un esclave en fuite, et Juan et Rosa sont deux vieux mexicains.

Même si on était honnêtes, les gens nous détesteraient.

Si cette bande est encore debout c'est parce qu'on a une façon de faire les choses.

Et ce que t'as fait aujourd'hui, c'est pas notre façon de faire.

L'autre ne répondit pas, affichant un air vexée, même si elle savait pertinemment que Mo avait raison.

Le vieux Shérif se racla la gorge à l'autre bout du couloir:

-Ça suffira comme ça, maintenant sors d'ici, et pas d'histoires.

Alors que Maureen s'apprêtait à se lever, avec un dernier regard sur la prisonnière, celle-ci lui saisit la main, mais ce n'était pas un geste agressif cette fois, une profonde inquiétude se lisant dans ses yeux, sa lèvres inférieur tressautant légèrement, à présent que le masque était tombé, elle ressemblait réellement à l'enfant effrayée et perdue qu'elle était :

-J... Je veux pas qu'on me pende Mo…

Leurs regards se croisèrent, et Maureen grimaça douloureusement, les larmes aux yeux, voir la jeune fille dans cette situation lui faisait l'effet d'un poignard en plein cœur.

La rousse avait aux alentours des dix-huit printemps, et était à la tête de la bande depuis peu suite à la mort de son père aux mains d'un chasseur de prime.

Elle était en colère et ne rêvait que de vengeance, lorsque son chemin avait croisé celui d'Aponi, fillette de moins de cinq ans, en pleurs au milieu des ruines encore fumantes d'un campement, seule survivante de sa tribu.

Toute sa rage s'était dissipée comme neige au soleil devant les larmes de l'enfant, le groupe devenant sa famille de substitution comme elle était devenue celle de Maureen.

Mais, même si elle ne l'avouerait certainement jamais à voix haute, Mo savait pertinemment que ce jours là, c'était Aponi qui l'avait sauvée, et non l'inverse, élever la fillette lui permettant de se donner un objectif, lui évitant de sombrer dans un cercle infini de tueries et de vengeance.

Et lui fournissant l'espoir d'arriver, un jour, à amonceler assez d'argent pour réussir à vivre en toute légalité et sans avoir à regarder constamment derrière son dos.

Et même si le caractère imprévisible de sa fille adoptive ne faisait que compliquer les choses, les mettant constamment en danger, elle ne lui en tenait pas rigueur, sachant pertinemment quels genre de tourments elle pouvait ressentir, et à quel point elle se sentait seule et incomprise, même au sein de leur groupe.

Respirant avec peine, Maureen se força à garder le sourire, les mots n'étaient pas nécessaire entres elles, chacune sachant pertinemment à qu'elle point elle comptait pour l'autre:

-Moi non plus je veux pas qu'on te pende gamine, sans toi on risquerait de devenir respectables.

Elle échangèrent un sourire triste, derrière elles, le shériff se racla la gorge, et Maureen caressa délicatement le visage de la jeune fille avant de se retourner:

-Ça va aller fillette, Elle baissa légèrement la voix afin de n'être entendue que de la prisonnière, Tient toi prête, on abandonne personne.

Elles échangèrent un hochement de tête, avant que le vieil homme ne la reconduise à la sortie.

Se retrouvant à nouveau à l'extérieur, elle observa un instant le ciel dégagé d'un air abattue, la porte du bureau du shériff c'était à nouveau refermée, redevenant une véritable forteresse, elle n'avait aucune envie de trahir la confiance du vieil homme, et l'idée d'alourdir encore la prime qui pesait sur elle et sa bande la réjouissait encore moins.

Pourtant elle savait qu'elle n'avait pas d'autres choix que de libérer la jeune fille dans la nuit.

Lorsque le Marshall viendrait chercher les prisonniers pour les conduire à la ville la plus proche possédant un tribunal, la rousse était prête à parier qu'il ne s'encombrerait pas d'une indienne à la prime aussi élevée, et dont la culpabilité ne faisait aucun doute, il la ferait pendre sur la place principale, comme exemple.

Il était hors de question que cela arrive, si son plan d'évasion échouait, Maureen était prête à se livrer à sa place si cela pouvait permettre à Aponi de survivre.

Prenant plusieurs grandes inspirations, elle traversa la rue principale, se dirigeant vers Joshua, qui l'attendait tranquillement, assis sous le porche d'un des commerces de la ville, une nouvelle cigarette au coin des lèvres.

Après qu'il se fut enfui du champ de coton où il avait passé la plus grande partie de sa vie, Connor O'Kanan l'avait élevé comme son propre fils, lui et Maureen grandissant comme frère et sœur au sein d'une famille des plus variée.

Il se redressa à l'approche de la jeune femme, lui posant une main sur l'épaule d'un air compatissant :

-J'ai envoyé Juan et Rosa faire le plein de provisions, quoi que tu ai prévu, je suppose qu'on va pas s'attarder dans le coin.

Elle hocha la tête d'un air déterminé:

-Quand ils auront fini, retournez au campement et préparez vous à partir, et prévois des explosifs, on en aura besoin, on laisse personne derrière nous, même les plus insupportables. Je vous rejoins après être passée chez le maréchal-ferrant.

Il hocha la tête avant de se diriger vers les commerces de la ville, où les deux autres membres de la bande s'étaient rendus.

Elle l'observa quelques instants s'éloigner de sa démarche claudicante, une fois qu'il eu disparut à l'angle d'une ruelle, elle s'écroula lourdement sur les marches du porche, se prenant la tête entre les mains en soupirant, la masse de ses cheveux roux lui tombant devant les yeux, elle avait l'impression que le moindre de ses efforts pour qu'elle et son groupe évitent les ennuis se terminaient toujours de la même façon.

Une courte période d'accalmie, comme l'espoir que les choses pouvaient s'arranger, avant que tout ne dégénère de manière magistrale, entraînant leurs lot de fusillades et de morts, les forçant une fois de plus à prendre la fuite.

Ce n'était pas toujours à cause d'Aponi, Maureen avait l'impression que leur condition de hors-la-loi les rattrapaient quoi qu'ils fassent.

Reniflant bruyamment pour étouffer un sanglot, elle se redressa vivement, se dirigeant d'un pas déterminé vers les écuries de la ville.

___

La ville avait été construite en contrebas d'une grande chaîne montagneuse, et ce qui n'était au départ qu'un simple campement de chercheurs d'or s'était rapidement développé quand de nombreux filons avaient été trouvés aux alentours, plusieurs mines apparaissant sur le flanc des montagnes.

Aux fil des ans, certaines d’entre elles avaient fermées, laissant la parois rocheuse parsemé d'innombrables grottes, prisés par les ermites, les bandits et autres gibiers de potence, les innombrables réseaux de tunnels permettant de s'enfuir facilement à condition de savoir se repérer dans ce labyrinthe souterrain.

C'est dans l'une de ses grottes, seulement accessibles par d'étroits chemins rocailleux, que le gang O'Kanan avait établi son campement lors de son séjour dans la région.

Joshua et le couple étaient assis autour d'un feu, au fond de la caverne, la fumée s'échappant par une crevasse au-dessus d'eux, une cheminée naturelle invisible de l'extérieur.

Ils attendaient silencieusement que leur repas, constitué de deux lapins fraîchement chassés, finissent de cuire, se jetant des regards aux dessus des flammes, observant leur cheffe d'un air inquiet.

Debout prêt de l'entrée, où leurs montures étaient attachées, elle s'évertuait depuis de longues minutes à brosser le pelage gris de sa jument.

C'était une créature immense, à la carrure massive et aux sabots impressionnant, le genre de bête que l'on s'attendait plutôt à voir tirer des troncs d'arbres sur un chantier d'abattage.

Elle était loin d'être aussi rapide et agile que les chevaux de monte ordinaires, ce qui pouvait s'avérer problématique lorsque l'on était obligé de fuir fréquemment, à l'image de Maureen et sa bande.

C'était malgré cela une monture fidèle, qui avait plus d'une fois prouver sa valeur, quitte à briser quelques crânes sur son passage.

A l'image de sa propriétaire, elle était d'une carrure encombrante, et possédait un aspect grossier, pourtant, tout comme elle, cette lourdeur extérieure dissimulait une ténacité et une loyauté à toutes épreuves.

Cela faisait maintenant une bonne vingtaine de minutes que le groupe était rentré au campement, une fois le plein de provisions effectué, et Mo n'avait pas prononcé un seul mot depuis.

Vu de l'extérieur, elle semblait aussi calme et posée qu'à l'accoutumée, l'air las, le regard dans le vague, concentrée sur le brossage de la jument, qui ne semblait pas se plaindre de cet excès d'attention, frottant sa grosse tête à la crinière emmêlée contre l'épaule de la femme rousse.

Mais pour ceux qui la connaissait bien, il était évident qu'elle bouillonnait intérieurement, son esprit torturé retournant encore et encore le plan qu'elle leur avait exposé sur le chemin de retour, se demandant quelle partie les mènerez tous à la tombe, se fustigeant intérieurement pour tous les ennuis que ses décisions avaient déjà causés aux fils des années.

Finalement, n'y tenant plus, Rosa se leva après avoir échangé un regard entendu avec son mari, Maureen était une bonne meneuse, qui faisait passer l'intérêt du groupe avant elle-même, et bien que la bande ait subies de nombreuses déconvenues par le passé, rares étaient celles que l'on pouvait mettre sur le compte des choix de Mo

C'était une cheffe attentionnée et protectrice, tout le monde la respectait et l'appréciait, Rosa aurait seulement souhaité que celle-ci s'en rende compte, et qu'elle cesse de vouloir porter la responsabilité pour toutes les misères du monde.

La femme aux cheveux gris s'étira en grognant, dormir à même le sol n'arrangeait guère ses rhumatismes, arrivant à hauteur de sa cadette, elle dû lui poser une main sur l'avant-bras pour que celle-ci remarque enfin sa présence, sursautant légèrement avant de lui sourire gentiment, mais cet air serein quitta rapidement son visage, elle jeta un bref coups d'œil aux deux hommes prêt du feu, qui faisaient mine de ne pas regarder dans leur direction :

-Heu désolé, j'étais perdue dans mes pensées, je vais vous rejoindre.

Elles restèrent silencieuse quelques secondes, avant l'arrivée d'Aponi, quand Joshua et Maureen étaient enfants, Rosa était la seule autre femme du groupe, jouant le rôle de confidente pour la jeune fille, c'était la seule personne à qui Mo réussissait vraiment à se confier , elle continuait à brosser son cheval d'un air absent, ouvrant la bouche à plusieurs reprises pour prendre la parole avant de se raviser :

- Je sais qu'il suffit d'attendre la nuit pour mettre mon plan en marche, et... c'est un bon plan, enfin ce que l'on peut faire de mieux avec le peu qu'on a, mais...

Elle ne finit pas sa phrase, se tordant les mains d'un air soucieux.

Rosa lui passa un bras autour des épaules, Maureen se blottissant contre elle comme lorsqu'elle était petite:

-Tu t'inquiètes pour Aponi.

Comme nous tous, tu sais, même si elle nous mène la vie dure on l'aime tous cette jeune furie, et il est hors de question qu'on abandonne l'une des nôtres.

L'autre se contenta de sourire tristement sans répondre, l'étreinte de la vieille femme lui procurant une sensation de sécurité et de paix qu'elle n'avait pas connut depuis longtemps , lorsqu'elles se séparèrent, elles se retrouvèrent l'une en face de l'autre, Rosa prenant Maureen par les épaules pour la regarder dans ses petits yeux tristes :

-Écoute, Je sais que tu n'as jamais voulu remplacer ses parents, et que vous n'en parlez jamais, mais de la même manière que je t'ai élevée, je sais très bien ce qu'elle représente pour toi.

Tu est sa mère et elle est ta fille, peu importe les liens du sang.

Et, même si cela ne réglera pas tout, je pense sincèrement que si tu lui disais tout ça, vous vous sentirez mieux toutes les deux, et cela aurait peut-être le mérite de la calmer un peu.

Elle hocha la tête en silence, avant de pousser un profond soupir :

-Pourquoi est-ce que vous continuez à me suivre toi et Juan après toutes ces années ?

Vous auriez pu vous acheter une terre dans le nord, où personne ne vous recherche, et trouver un endroit où finir votre vie tranquillement.

L'autre ricana avant de lui frapper l'épaule avec amusement:

-Hey nous enterre pas tout de suite, tu veux, on a encore de belles années devant nous avant d'être totalement séniles.

Après un sourire, elle repoussa la masse de cheveux gris qui lui tombait devant les yeux :

-Tu sais au début, quand Juan et moi on a formés cette bande avec ton père, on étaient jeunes, pauvres et en colère, on aurait facilement pu devenir une bande de meurtriers de plus, qui s’entre-tuent les uns les autres pour une poignée de dollars, en partie à cause des autres membres du groupe, mais Connor … Ton père lui, il voulait refaire le monde, sans verser de sang inutilement, il avait des principes et il voulait s'y tenir, pour toi.

Elle s'arrêta quelques instants, le regard perdu dans le passé.

Maintenant on aimerait croire que toutes les choses qu'on a faites, les bonnes comme les mauvaises, ça a pas servit à rien, et toi Maureen, c'est pas toujours facile mais t'essaye de vivre selon ses principes, et de toute manière on connaît que cette vie.

Elle lui caressa le visage avec tendresse :

-Maintenant arrête de te tourmenter et vient t'asseoir avec nous, mes genoux me font trop mal pour rester debout à rien faire.

Après un profond soupir, Mo rangea sa brosse dans sa sacoche, et lui emboîta le pas

___

La nuit était tombée sur la ville depuis longtemps, les lanternes éclairant avec peine les rues désertes, où quelques ivrognes, expulsés avec fracas du saloon, erraient avec pour seul but de ne pas s'écrouler à même le sol.

Le bureau du shérif semblait lui aussi plonger dans le sommeil, les portes et fenêtres toujours barricadées à doubles tours, pourtant, on pouvait surprendre une ombre furtive derrière les carreaux, et la lunette d'un fusil dépassait de temps en temps d'une des ouvertures, inspectant le périmètre.

Le vieil homme savait pertinemment à quoi il s'exposait en menaçant de livrer Aponi au Marshall, et, même si Maureen et sa bande étaient tolérés, voir même appréciés par les habitants, il ne pouvait se permettre de couvrir des criminels recherchés, sa réputation était déjà au plus bas, et la laissait partir sans conséquences reviendrait à dire à tous les bandits du pays que la ville était sans défenses.

Dans un accès de désespoir, il avait fait appel à eux pour se débarrasser des brigands qui infestaient la mine, comptant sur le faite que la jeune femme avait le même sens moral que son père, et c'est justement cela qui se retournait contre lui à cet instant, car elle n'abandonnerait jamais l'une des siens, et certainement pas cette gamine.

Il l'avait vu dans ses yeux lorsqu'elle avait demandé à la voir, elle était prête à se livrer à sa place, ou même à réduire toute la ville en cendres, si il le fallait.

Joshua se laissa glisser derrière le muret, aux côtés de Mo, qui observait avec insistance la porte du bâtiment, bien que le bas de son visage soit dissimulé derrière un foulard verdâtre, la tension se lisait dans ses moindre gestes, de ses mains moites qu'elle essuyait frénétiquement sur sa chemise, au tressaillement irrégulier de sa paupière gauche.

Lui aussi était nerveux en vérité, ils n'avaient pas pour habitude de se confronter ainsi à la justice, ils préféraient en général la fuir.

Lui et Aponi avaient toujours plus ou moins étaient en conflit, il préférait en général faire profil bas et faire sa vie le plus discrètement possible, sans se faire remarquer, tâche que la jeune fille rendait presque impossible.

Pourtant il était conscient de son importance pour Maureen, et même s' il n'appréciait pas vraiment sa fille adoptive et tous les risques qu'elle leur faisait courir, il était hors de question qu'il l'abandonne.

Les minutes passèrent en silence, il regardait avec impatience et appréhension la montre à gousset qu'il tenait dans la main, un cadeau de O'kanan Senior, lorsque les aiguilles s'alignèrent sur minuit, il posa la main sur l'épaule de la femme à ses côtés en hochant la tête.

Il rapprocha délicatement la caisse de bois qu'ils transportaient, enlevant le couvercle avec soin, prêts à bondirent de leur cachette dès que le signal retentirait.

Un vent sec balayait la ruelle, levant une épaisse couche de poussière, le silence régnait alentour, seulement perturbé par le crissement des insectes et le hurlement des coyotes au loin, de temps à autres, quelques clameurs s'élevaient du saloon, à l'autre bout de la ville.

Soudainement, un silence absolu sembla s'installer, comme si l'univers entier retenait son souffle.

Une violente explosion retentit à la ronde, une vive lumière illuminant le ciel nocturne durant de bref secondes en provenance de l'autre bout de la ville.

Des pas précipités résonnèrent dans l'allée principale, un jeune homme d'une vingtaine d'années courait comme s' il avait le diable aux trousses, appelant le shériff à plein poumons.

Celui-ci sortit précipitamment, l'arme à la main, guettant le moindre signe d'attaque, Josh et Mo se ratatinèrent derrière leur muret, attendant patiemment, le souffle court.

-Shériff !! Le mur de la banque à exploser! Faut venir nous aider ! Le feu se répand aux autres bâtiments et y à des gens qui prennent l'argent!!

Le vieil homme jura bruyamment en jetant un regard alentour, il sembla hésiter quelques instants , avant de se mettre à aboyer des ordres :

-Et merde tu fais chier Maureen espèce de sale garce, Gavin! sort toi les doigts du cul et attrape des flingues, distribuez les aux gars de confiance que tu croisera, choppe les salopards qui ont fait ça, Marcus, rassemble le plus de gens possible et éteint l'incendie! Toi gamin réveille toute la ville et dit leur de donner un coup de main.

Les deux adjoints s'exécutèrent immédiatement, l'un d'eux s'arrêtant néanmoins avant de franchir la porte :

-Vous pensez pas que c'est un piège chef?

L'autre lui lança un regard mauvais en crachant au sol:

-Évidemment que c'est un putain de piège, dès que la situation est sous contrôle ramenez vous vites fait, et hésitez pas à plomber ces fumiers.

Il rentra aussitôt sa phrase terminée, les verrous se refermant un à un, Maureen hocha la tête, elle et Josh saisissant l'une des jarres de terre cuite qu'ils transportaient, il lancèrent leurs projectiles au même moment.

A l'impact, celles-ci répandirent le liquide qu'elles contenaient, le jeune homme en avait déjà saisi une nouvelle, craquant une allumette, il enflamma le chiffon qui en dépassait.

Mo se releva d'un bond, sautant par dessus le muret et courant à toute jambes vers le bâtiment, les armes se tournèrent dans sa direction.

Le récipient s'écrasa avec fracas, enflammant le sol derrière elle, illuminant brusquement les alentour et éblouissant quiconque observait ce brasier, à l'intérieur, des exclamations de surprise se firent entendre, le shériff et les deux derniers adjoints se couvrirent les yeux en jurant.

Maureen traversa la porte tel un boulet de canon, sa vitesse et sa corpulence faisant sauter les maigres consolations comme de simples brindilles, elle faucha au passage l'un des adjoints, qui amortit sa chute.

Elle roula sur le dos en grognant , se relevant avec peine et le plus rapidement qu'elle put pour se jeter sur le shériff, qui pointait son arme dans sa direction, elle parvint à dévier le canon, le coup de feu transperçant le plafond dans une pluie de débris.

Le dernier adjoint derrière elle, venait de se ressaisir, le canon de son fusil dirigé vers l'arrière du crâne de Mo, trop occupée à se tenter de maîtriser le vieux Shérif qui ne semblait pas décidé à se laisser faire.

Le doigt pressa la détente, rien ne se produisit, il jura bruyamment, la rousse se retourna, les yeux écarquillés, consciente d'avoir la vie sauve grâce à un matériel mal entretenu, le vieux profita de se moment d'inattention pour la frapper à l'estomac, elle se plia en deux, mais avant que la main de l'adjoint n'ai put atteindre son revolver, Josh arriva à son tour par la grande porte, le frappant au crâne avec la crosse de sa propre arme.

Se voyant à présent en infériorité numérique, ses deux acolytes étant hors course, le petit homme prit ses jambes à son cou, même si il parvenait à en abattre un, l'autre le tuerait quelques instants plus tard, il savait pertinemment comment mettre fin à tout cela, il se précipita vers la dernière cellule.

Maureen, peinant à reprendre son souffle, tentant de le rattraper, fusil à la main, tandis que Josh désarmait les deux hommes inconscients .

A peine eu t-elle franchit la porte séparant la pièce principale du long couloir bordé de cellules, qu'elle se retrouva face au Shériff, le canon de son revolver dirigé vers le visage d'Aponi, le dos collée contre le mur de la pièce, respirant fébrilement, une lueur d'espoir apparaissant dans ses grand yeux terrifiés à la vue de Mo.

Son front dégarnis luisant de sueur, le Shériff, s'humecta nerveusement les lèvres :

-Lâche ton arme ! Tout de suite! Lâche ton arme et rentre dans une de ces putains de cellules!

Elle défit son ceinturon, le laissant glisser au sol, levant les mains en l'air, sans pour autant obéir aux restes des exigences, essayant de le raisonner d'une voix relativement calme compte tenu de la situation :

-Laisse la partir, je prend sa place, je vaut trois fois plus qu'elle, laisse moi prendre sa place.

Il frappa furieusement du pied, son regard brillait de folie, il était acculé et à bout d'option:

-Hors de question putain! Pour que les autres fassent cramer le reste de la ville pour te sauver toi cette fois ? Même si tu leur ordonnait ils t'abandonneraient pas! Depuis quand est ce que des raclures comme vous sont loyaux les uns envers les autres hein?

Il transpirait de plus en plus, son doigt frôlant fiévreusement la détente, le canon de son arme commençait à trembler, Maureen avança d'un pas dans sa direction, il braqua le canon sur elle, son visage se tordant d'une rage sans nom .

Toute son attention était portée sur Maureen, qu'il s'était décidé à abattre, il en avait même oublié la jeune fille emprisonnée juste derrière lui.

Aponi passa un bras à travers les barreaux, le plaquant brusquement contre la porte de la cellule, il s'étouffa dans un hoquet de surprise, le coup de feu partant dans la panique.

Mo chancela, la détonation résonnant toujours dans son crâne, elle se rattrapa au chambranle de la porte, du sang lui coulant sur le visage.

Le vieil homme se débattait en s'étouffant, lâchant son arme en tentant de défaire la prise de la jeune fille, elle ne lâcha sa prise qu'une fois qu'il se fut évanoui en glissant au sol.

Elle porta alors un œil inquiet à Maureen, qui se contenta de lui sourire en haussant les épaules, plaquant son foulard sur la légère estafilade qui lui barrait à présent la joue :

-Barrons nous d'ici tu veux?

Les trois complices sortirent de la prison sans encombres, les représentants de la lois étaient en cellules, sonnés mais toujours en vie, une moitié de la ville était occupée à calmer l'incendie tandis que l'autre poursuivait Juan et Rosa, qui venait de braquer la banque, mais qui ne tarderaient pas à semer leurs poursuivants après leur avoir rendu leur argent.

Ce n'était qu'une ville de paysans et de mineurs qui survivaient à peine, Maureen avait jugé que plusieurs de leurs bâtiments réduits en cendres était un coup bien assez dur pour eux.

Ils venaient d'atteindre leurs chevaux, quand un raclement de pas se fit entendre derrière eux, ainsi que le bruit facilement reconnaissable d'un fusil qu'on armait, Mo poussa un profond soupir en tournant la tête, son regard tombant sur le visage furieux et contusionné du trappeur qu'elle avait brutalisé quelques heures plus tôt, il agita le canon en direction d'Aponi et Joshua:

-Pas un geste vous deux ou je refroidis la traînée qui vous sert de chef, descendez de cheval et déposez vos armes.

Les deux autres jetèrent un regard incertain à la rousse, qui poussa un soupir de plus :

-J'ai pas le temps pour ces conneries, on est trois contre un et même si t’arrive à toucher l'un d’entre nous tu sera mort dans la seconde, lâche ça et vas t'en.

Il s'approcha d'un pas, les yeux écarquillé, visiblement guidé par la colère et n'ayant pas réellement conscience de ses actions:

-Ta prime me remboursera ce que tu m'a volé, et… et te voir pendue lavera mon honneur, Il hocha la tête frénétiquement, le regard braqué sur Maureen, sans prêter attention à la main d'Aponi, qui se rapprochait discrètement de son couteau .

Mo leva doucement les mains en l'air, faisant mine de se rendre, ce qui fit naître un immense sourire édenté sur le visage tordu de Thomas, après quoi elle ne dit que deux mots:

-Main droite.

Le couteau fila des mains de la jeune fille telle la flèche d'un arc, l'homme s'effondrant au sol en hurlant, la main en sang, son arme gisant à plusieurs mètres de lui.

Après un bref sifflement, le cheval de trait avança de quelques pas, sa cavalière surplombant le trappeur gémissant, qui leva des yeux implorant vers elle.

Maureen serra les dents, la déflagration déchirant la nuit, le coups de feu du canon scié réduisant le visage de Thomas à l'état de bouillis sanguinolente, les chevaux s'ébrouèrent quelques instants avant de se calmer, Aponi hocha la tête sans rien dire, visiblement satisfaite du sort réservé au trappeur, Joshua regardant sa sœur adoptive avec surprise et horreur, semblant ne pas la reconnaître l'espace de quelques secondes, rengainant son arme, elle haussa les épaules:

-Il a eu sa chance, barrons nous d'ici.

____

Le clair de lune se reflétait sur les vitres brisées de l'habitation, camouflée sous les branches des arbres, cette petite cabane forestière donnait l'impression d'avoir était abandonnée depuis des années, une partie du porche semblait sur le point de s'effondrer, et du lierre menaçait d'engloutir le bâtiment, recouvrant déjà une grande partie des murs et du toit.

Un renard s'extirpa discrètement de l'espace entre deux planches des fondations, ses oreilles bougeant au rythme des sons nocturnes.

Il s'avança dans l'herbe fraîche, guettant le couinement des rongeurs, effectuant régulièrement de petits bonds en avant .

Un son lointain lui fit brusquement relever la tête, scrutant l'obscurité, immobile, tous les sens aux aguets.

Un grondement semblable à celui du tonnerre se fit alors entendre, devenant de plus en plus proche et augmentant en intensité, l'animal s'enfuit à toute allure, partant dans la direction opposée du martèlement furieux des sabots.

Quatre chevaux débouchèrent du sentier envahi de végétation menant à la cabane, leurs cavaliers tirèrent les rênes à grand renforts de cris, peinant à maîtriser les montures affolées, les mors leur écorchant les mâchoires, le flanc des bêtes était couvert d'écume, tournants plusieurs fois sur elles-mêmes en hennissant avant de se calmer.

Les individus les attachèrent rapidement après avoir mit pied à terre, alors qu'ils retiraient les foulards cachant le bas de leurs visages, leurs sourires victorieux illuminèrent la nuit.

Se regroupant, ils s'échangèrent des tapes dans le dos en riant grassement, leur chef, un homme entre deux âge à l'allure élancée et arborant une grande moustache tombante, frappa dans ses mains :

-Vous voyez les gars, je vous l'avais dit que ce serait facile ! Ils étaient tellement certain d'être la banque la plus sûre de la région qu'ils se sont laissés aller!

L'un de ses compagnons haussa un sourcil avec une grimace :

-Facile? Putain Paco, les Murphy ont étaient arrêtés, Flaco et Jhon se sont fait descendre ,et Mike nous a pas rejoint, va savoir ce qu'il lui est arrivé, moi j'appelle pas ça un coup facile.

L'autre plissa les yeux , scrutant l'autre d'un air mauvais:

-J'ai buté cet enfoiré de Mike, je lui faisait pas confiance, quand aux autres bien fait pour leurs gueule, avec moi si tu restes derrière, alors tu restes derrière, ça vous pose un problème?

Après un bref échange de regard, les trois compagnons haussèrent les épaules :

-On passe de dix parts à quatre, nous ça nous va.

Hochant la tête, Paco commença à soulever le sac posé sur le dos de sa monture:

-Maintenant si vous avez fini de vous poser des questions aidez moi à rentrer tout ce pognon, qu'on puisse fêter ça!

Tandis que ses camarades s'exécutaient, il pénétra dans leur repère, les bras encombrés par son propre chargement, il ouvrit la porte d'un coup d'épaules.

A peine avait-il fait un pas à l'intérieur, que la flamme d'une lampe à huile s'alluma soudainement, transperçant l'obscurité comme un phare, éclairant l'étroit cabanon délabré, des bouteilles vides et des boites de conserves jonchant le sol parmi des tas de feuilles mortes .

Lâchant le sac d'argent, le grand homme dégaina son revolver, se retrouvant à son tour menacé par le canon d'une arme.

La lumière tremblotante éclairant sa trogne balafrée, Maureen s'avança légèrement en secouant la tête:

-C'est un sacré coup que t'as réussi là Paco, se serait dommage de crever comme un chien avant d'avoir pu compter ton pognon, Au dehors, un sifflement retentit, la rousse haussa les épaules, son fusil toujours dirigé vers l'entrejambe de l'homme face à elle, Sans compter que tes gars se sont déjà rendus aux miens, alors pose ton flingue.

L'autre émit un ricanement désinvolte, où pointait néanmoins une certaine nervosité:

-Il est hors de question que je me rende à une femme, même grimée en homme.

Mo laissa échapper un soupir las :

-"A pleuré comme un bambin après s'être fait tiré dans les couilles par une femme"

C'est ce qui sera marqué sur ta tombe.

Elle agita légèrement la main qui était toujours posée prêt de la lampe:

-Il paraît que t'es plutôt bon tireur, et à cette distance, difficile de rater une cible comme moi, mais dans le noir, même si tu me touchais, il faudrait être sûr que le coup soit mortel, parce que mon arme à moi va hacher menu tout ce qui se trouve devant le canon, pas besoin de viser juste, alors demande toi si ça vaux vraiment la peine.

Il resserra sa prise sur son arme, hésitant, il jeta un bref coup d'œil en arrière, ses compagnons avaient les mains attachées dans le dos, et il avait lui-même quatre canons de revolvers braqués vers son crâne, il poussa un grognement de frustration, posant doucement son arme au sol.

Ce qui était sûr, c'est que Paco tenait à son argent, et tout autant à sa réputation de hors la loi sans scrupule, mais il tenait encore plus à sa vie, et était capable de se montrer aussi fourbe que lâche si cela pouvait lui permettre de survivre quelques minutes de plus.

Se relevant, Maureen lui fit signe de se placer contre le mur, lorsqu'elle eu ramasser l'arme laissée au sol, les autres prisonniers entrèrent à leur tour, suivit de prêt par Aponi, armée d'un revolver dans chaque main, tout ce beau monde alla s'aligner contre le mur du fond, aux côtés d'une cheminée de pierre à moitié effondrée.

Une fois que le chef de la bande eu à son tour les mains liées, les deux femmes se placèrent face à eux, attendant patiemment que le reste du gang O'Kanan, aient finit de déplacer leur butin fraîchement acquis sur leurs propres montures.

Si les autres hommes ne faisaient le plus discret possible pour ne pas attirer l'attention, Paco lui, était sur le point de vomir, la rage lui tordant les tripes d'une manière insoutenable, ses mâchoires se serrant tellement qu'il était presque incapable de prononcer le moindre mot, une seule phrase franchissant difficilement ses dents serrées :

-Comment t'as trouvé cet endroit bordel !

Voyant qu'il était sur le point d'exploser, une veine énorme palpitant sur l'une de ses tempes luisantes de sueur, Mo haussa les épaules de son éternel air las, ne semblant tirer aucune joie de sa victoire :

-Ton principal problème Paco, à part que tu sois un fils de pute sacrément sanguinaire, c'est que tu n'as absolument rien à foutre des membres de ton équipe, à tel point que t'hésite pas à les sacrifier à la moindre occasion, ça t'étonnes tellement que l'un d'entre eux t'ai trahis?

La loyauté ça marche dans les deux sens.

Sans tenir compte de cette dernière remarque, il se tourna avec des yeux de déments vers le reste de sa bande, il aurait certainement saisit le plus proche par la gorge si il avait put, il était sur le point de les couvrir d'injures, quand Maureen haussa à nouveau les épaules :

-Si t'avais pas pensé qu'à toi, t'aurais pu aider les frères Murphy , mais t'as préféré les sacrifier pour pouvoir t'enfuir, et à cause de ça l'un d'eux s'est fait descendre.

Alors quand on a libéré les deux autres, ils ont pas hésité à te balancer, le pire c'est qu'ils voulaient même pas une part du butin, ils tenaient juste à ce que tu saches que c'était eux.

La colère de Paco sembla redescendre brusquement, comme si il se rendait enfin compte de la manière dont il traitait son équipe, et des conséquences que cela entraînait, il resta silencieux, roulant des yeux d'un air perdu, remettant en question toutes les décisions horribles qu'il avait prit.

Ce fut le moment que choisit Joshua pour faire son entrée, boitillant vers ses deux complices, tout sourire, se plaçant légèrement derrière Maureen tout en évitant soigneusement Aponi, la relation entre ces deux là étant devenu encore plus conflictuelle depuis la libération de cette dernière:

-C'est bon tout est chargé, bordel avec ce coup on va enfin pouvoir se ranger, et on a eu besoin de tuer personne, Connor aurait été fier de nous.

Mais Maureen ne semblait pas partagé son enthousiasme, son regard s'étant durcit:

-La soirée est pas encore terminée, les Murphy m'ont demandé autre chose avant de partir, un dernier service entre Irlandais.

Paco serra les dents avec un air déterminé, une lueur de peur dans les yeux, sachant pertinemment ce qui l'attendait.

Le front de Josh se plissa d'incompréhension, il voulut poser une main sur l'épaule de sa sœur:

-Mo qu'est ce que

Aponi se dressa entre eux, le mettant au défi de s'approcher, elle avait toujours une arme dans chaque main, et bien qu'elles étaient dirigées vers le sol, à cet instant précis, il n'était pas certain que la jeune fille aurait longtemps hésité à l'abattre.

Le pire dans tout cela, c'est que Maureen ne semblait pas s'en soucier, elle ne lui accorda qu'un bref regard indifférent :

-Ces types sont tous des assassins de la pire espèce, ils méritent largement ce qui leur arrive, Elle haussa les épaules, il était évident que ses propres actions la répugnait, Et puis à la première occasion cet enfoiré de Paco irait nous dénoncer pour le braquage de la banque, et on se retrouverait avec l'armée aux trousses.

Le jeune homme fulminait intérieurement, serrant les poings de colère :

-Putain Maureen c'est pas comme ça qu'on fait les choses !

Elle tourna la tête vers lui, et ils se regardèrent dans les yeux de longues secondes, son regard était emplit de tristesse et de regret tandis qu'elle voyait l'air horrifié de son frère adoptif, mais elle ne changerais pas d'avis:

-Joshua, si tu veux vraiment qu'on se range pour de bon, sort d'ici .

La tension était palpable, personne n'osant faire le moindre geste, les prisonniers sachant pertinemment que leurs vies ne tenait qu'à un fils.

Finalement, avec une extrême lenteur, Josh se retourna vers la porte, Paco et sa bande ne représentaient rien pour lui, et il était assez d'accord sur le fait qu'ils méritaient amplement leur sort.

Ce qui l'inquiétait réellement, c'était la voie de plus en plus violente dans laquelle Maureen semblait les conduire.

Il espérait sincèrement que tout ce sang était justifié, et que tout cela serait bientôt terminé comme elle le prétendait.

Alors qu'il refermait la porte de la cabane derrière lui, il avisa Juan et Rosa debout à côté de leurs montures, bien qu'ils évitèrent son regard, il savait pertinemment qu'ils pensaient la même chose que lui.

Une série de déflagrations déchira la nuit.

____

La locomotive émit un dernier crissement avant de s'arrêter totalement, les quelques passagers descendant prestement de leur wagon, tandis que le conducteur attrapait avec enthousiasme la boîte de fer contenant son déjeuner qui était entreposée non loin de lui.

Comme chaque jour, il s'apprêtait à s'octroyer une pause bien méritée d'une vingtaine minutes, lui permettant de se restaurer et de se désaltérer avant de reprendre son chemin.

La station de Fall's Tree était toute désignée pour cette arrêt quotidien, la plupart des occupants de son trajet descendant à cet arrêt, bien qu'isolé au cœur des bois, cette petite station bénéficier, d'un relais de diligence plus que bienvenu, et se situait à une distance assez raisonnable de la ville la plus proche.

Passant une main soucieuse dans sa masse de cheveux emmêlés, Maureen fixa quelques instants la lueur éblouissante de l'astre solaire, tentant d'évaluer l'heure.

Il ne restait plus à présent sur le quai de la station que la Rousse et trois des membres de son groupe.

Exception faite du guichetier, bien à l'abri derrière les barreaux de son bureau, feuilletant son journal d'un air distrait, observant nerveusement l'imposante jeune femme faire les cents pas quelques mètres devant lui.

Allongé à même le plancher, les mains croisées sur l'estomac et les paupières mi-closes sous la chaleur étouffante, Joshua ne semblait guère se soucier des inquiétudes de sa sœur adoptive.

Même quand leur situation semblait stable, Mo trouvait toujours un prétexte pour se faire du mourron, son excès de prudence étant certainement la seule chose qui les avez maintenus en vie si longtemps.

Josh se permit un léger sourire, bien que leur chef ai du mal à y croire, cela serait bientôt révolu, même s'il désapprouvait de toutes ses tripes les méthodes employées pour entrer en possession de ce butin, l'argent dérober à Paco et sa bande leur permettrait d'acquérir un assez respectable lopin de terre dans le nord du pays, loin de tout, où ils pourraient tous commencer une nouvelle vie.

Le fait que Maureen soit au bord de la crise de nerf, si proche de la liberté, n'était en soit pas une surprise, et pour Joshua, le fait qu'Aponi soit une fois de plus le centre du problème était encore moins surprenant.

Tous les membres du groupe avaient un certain nombre d'affaires à régler avant de quitter définitivement la région.

Lorsque aucun gros coup n'était prévu et que personne n'était sur leurs traces, chacun usant de ses compétences pour gagner quelques dollars.

Maureen escortait des convois de voyageurs, des diligences, et jouait généralement les garde du corps.

Joshua passait ses journées au saloon, faisant mine de se lier d'amitié aux clients les plus alcoolisés pour ensuite les détrousser en toute discrétion.

Juan usait de son talent de menteur pour gagner des sommes astronomiques au poker et autres jeux d'argent.

La clé de son succès résidant la plupart du temps en la personne de Rosa, assise à une table non loin, et lui communiquant les cartes de ses adversaires grâce à un code bien à eux.

Aponi de son côté, n'avait jamais été à l'aise dans les villes où quelconque autres lieux soi-disant civilisés, ou on l'a traitait la plupart du temps comme une moins que rien.

Elle préférait donc user de ses talents de chasseresse pour récolter fourrures et peaux, qu'elle vendait ensuite grâce à un intermédiaire.

Elle devait d'ailleurs rencontrer cet intermédiaire plus tôt dans la mâtiné, dans un relais de chasseur perdu dans la forêt.

Chacun ayant des choses à régler de son côté, ils s'étaient donné rendez-vous à la station de Fall's Tree à midi, bien avant l'arrivée de leur train.

Cela faisait maintenant plus d'une heure que la jeune fille aurait dû arriver, et bien que la ponctualité n'était pas son fort, Maureen pressentait que ce n'était pas normal.

Josh poussa un profond soupir alors qu'elle s'arrêtait une fois de plus devant lui pour lui demander l'heure:

-Il c'est passé deux minutes de plus que tout à l'heure, assis toi et essaye de te calmer, la connaissant elle arrivera au dernier moment.

Assis sur un banc à proximité, sa femme dans les bras, Juan passa une main sur son crâne chauve, une ride d'inquiétude lui barrant le front, sa voix rocailleuse attirant les regard dans sa direction :

-Je sais que vous vous entendez pas Josh, mais elle aurait pas pris le risque de rater le train, pas aujourd'hui, et même en la connaissant ça commence à faire beaucoup de retard.

Mo hocha frénétiquement la tête, manipulant nerveusement sa casquette, l'aîné de la bande confirmant ce qu'elle pensait :

-C'est pas normal, je sais que tu penses que je me fais du souci pour rien, mais il c'est passé quelque chose, je le sais, Elle s'agrippa la poitrine comme si son cœur menaçait d'en sortir, Je le sens.

Voyant que rien ne la calmerait, Josh s'apprêtait à lui proposer d'aller à la recherche de la jeune fille, quand un bruit de sabot leur fit tous lever la tête.

Un cavalier déboucha sur la route menant à la station, s'arrêtant à une dizaine de mètres du groupe, c'était un homme d'une quarantaine d'années, une barbe mal taillée lui mangeait le visage, et ses yeux au regard fou brillaient sous son chapeau de rancher, ses longs cheveux noirs et sales lui recouvrant les épaules.

A sa vue, le gang O'kanan se mit immédiatement sur la défensive, arme à la main.

Sentant les ennuis arriver, le guichetier s'empressa de se barricader dans son bureau, le chauffeur du train voulu relancer sa machine pour s'éloigner au plus vite, mais Rosa le prit de vitesse, lui intimant d'un geste de son colt de ne rien faire de stupide, le gardant à l'œil tout en observant la suite des événements.

Le nouveau venu afficha un sourire mauvais en mettant pieds à terre, secouant le canon de son arme dans la direction de la masse informe qui était attachée à l'arrière de sa monture :

- Allons allons mes amis ne vous énervez pas, regardez plutôt le fauve que j'ai capturé.

Saisissant les liens lui maintenant les mains dans le dos, il remit sa prise sur ses pieds, celle-ci se débattant comme une diablesse jusqu'à sentir le métal froid d'un canon contre sa tempe.

Maureen avança d'un pas en voyant Aponi aux mains de l'homme qu'elle détestait le plus sur cette terre.

La jeune fille ne s'était visiblement pas laissée faire compte tenue des traces de coups ornant son visage et du bâillon lui recouvrant la bouche :

-N'avance pas Mo ou je répand sa sale cervelle d'indienne à la ronde, ce serait dommage vu le mal qu'il m'a fallu pour la faire se tenir tranquille, elle a bien failli m'arracher la gorge .

La rousse stoppa tout mouvement, pétrifiée, incapable ne serait ce que de répondre, partagée entre le soulagement de voir sa fille en vie, l'angoisse de la voir prisonnière, et la rage que cet homme réveillait en elle.

Maureen ne semblait prêter aucune attention aux paroles de Will, il fut un temps où elle aurait tout sacrifié pour se venger, pour avoir le privilège de voir la vie quitter les yeux de cet être méprisable qui avait froidement abattu son père d'une balle dans le dos.

Mais à cet instant précis, la seule chose qui lui importait, c'était la survie de la jeune fille qui ne la quittait pas des yeux.

Elle essayait tant bien que mal d'élaborer un plan, mais son angoisse rendait toute réflexion laborieuse.

Juan se posta quelques mètres derrière elle, fusil en main, le dégoût ridant son visage plus que d'ordinaire :

-Bon dieu Will regarde toi, on dirait un dément, abattre Connor ne t'as pas suffit ? T'es venu finir le travail ?

Le visage de l'autre se tordit de rage un court instant à l'évocation de ce nom, Aponi grognant de douleur sous la pression qu'effectuait la main lui enserrant l'épaule, avant qu'il ne lâche un ricanement sec.

-Je pensais qu'une fois ce traître raide mort, je me sentirais soulagé, mais ça n'a rien arrangé.

Alors quand j'ai eu vent du chaos que vous aviez laissé pour sauver celle-ci dans la dernière ville où vous êtes passés, je me suis dit que c'était l'occasion d'en finir une fois pour toute.

Juan semblait aussi affecté que la jeune femme de l'apparition du dénommé Will, et pour cause, c'était les deux hommes, ainsi que Connor O'Kanan, qui avaient fondés ce gang, de nombreuses années en arrière.

Au fil des saisons certains membres étaient partis, d'autres avaient pris leur place, mais le trio était toujours demeuré aux commandes, soudés comme des frères.

Le vieil homme secoua la tête d'un air abattu:

-On sait tous les deux que tu ne fais pas ça pour l'argent, alors pourquoi ? Quoi que tu fasses ça ne ramènera pas Anne…

Cette fois-ci, Will sembla véritablement sur le point d'exploser, agitant le canon de son arme dans tout les sens, la rage rendant ses paroles difficilement compréhensibles:

-NE PRONONCE PAS SON NOM !

C'est à cause de ce foutu gang qu'elle est morte !

Il pointait à présent son revolver directement sur Juan, sans pour autant relâcher l'épaule d'Aponi.

L'autre homme le menaçait lui aussi, la situation risquait de dégénérer d'un moment à l'autre.

-Elle est morte parce que tu as dit aux Marshall où nous trouver! Elle avait plus de courage que tu n'en a jamais eu ! Le seul responsable c'est toi !

-ASSEZ !!

La voix épuisée de Maureen retentit alors, tous les regards se tournant vers elle, elle n'avait pas encore prononcé un seul mot depuis l'arrivée de Will et sa prisonnière.

Son intervention sembla retarder la fusillade qui semblait inévitable quelques secondes auparavant.

Baissant son arme, elle se passa une main sur le visage d'un air las, soupirant fortement:

-Will, on sait tous les deux que c'est plus une question de vengeance, tout ce que tu cherches maintenant c'est un prétexte pour rejoindre Anne.

Le revolver de son adversaire s'abaissa légèrement, les paroles de la jeune femme résonnant en lui tandis qu'il se rendez compte de la véracité de ces mots.

Il sembla réfléchir un moment, son visage se tordant dans un rictus hideux:

- Un duel dans les règles, toi et moi Maureen, les autres peuvent partirent, je vais relâcher ta petite indienne, mais je veux que tu me promettes que personne tirera, parce que tes une femme d'honneur pas vrai ?

L'autre hocha gravement la tête :

-Personne tirera, t'as ma parole, Elle s'adressa aux autres sans détourner son regard de celui de Will, Je sais que j'ai pas fait les choses comme il faut ces derniers temps, alors laissez moi me rattraper.

Après avoir regardé ses camarades d'un air perdu, Josh fit un pas vers sa sœur :

-MO...

-J'ai pris ma décision.

Lentement, à contrecœur, le trio rengaina ses armes.

Une fois cela fait, Will poussa Aponi vers Maureen, sans manquer de continuer à la viser pour assurer ses arrières.

La jeune fille trébucha sous l'effet de la poussée, avant de se précipiter vers Maureen.

Celle-ci la prit brièvement dans ses bras, lui retirant son bâillon sans toutefois lui détacher les mains :

-Je suis désolé de t'avoir entraîné là-dedans, j'aurais voulu pouvoir t'élever mieux que ça, je...

Elle ne finit pas sa phrase, se contentant de lui sourire avant de lui embrasser tendrement le front, puis de la pousser gentiment vers Joshua et Juan. Ils la saisirent chacun par une épaules, Aponi se débattant comme elle pouvait tandis qu'elle comprenait ce qui était en train d'arriver, poussant des supplications torturées pendant plusieurs longues secondes, avant de s'effondrer, impuissante, tandis qu'ils reculaient à bonne distance des deux duellistes.

Le vent soufflait dans les arbres, la petite station au milieu des bois semblait figée dans le temps, les deux adversaires se faisant face, la main au-dessus de leurs armes, se regardant droit dans les yeux.

Un air étrangement soulagé se lisait sur le visage de Will, quelque soit la conclusion de ce duel, il était certain que cela signerait la fin de ses tourments.

Maureen de son côté, se sentait plus épuisée que jamais, après avoir attendu durant des années de se retrouver face à cet homme, arme en main, elle n'éprouvait à présent plus aucune envie de le tuer.

En vérité elle avait même pitié de lui, à errer sans but durant tant d'années, en quête d'une vengeance qu'il savait illégitime, et qui ne soulagerait en aucun cas son âme meurtrie.

Un léger sourire apparut sur le visage couvert de taches de rousseur de Maureen, c'est sans doute ce qu'elle serait devenue à son tour si Aponi n'était apparue sur son chemin.

En y repensant bien, malgré toutes ses erreurs, et les épreuves qu'ils avaient dû affronter elle et sa bande, elle ne regrettait rien.

Quelque soit l'issue de ce duel, sa famille serait enfin libre.

Et d'une manière ou d'une autre, elle aussi.

16 Septembre 2022 13:48:54 0 Rapport Incorporer Suivre l’histoire
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La fin

A propos de l’auteur

Zizanie Savage "Good is good in the final hour, in the deepest pit without hope, without witness, without reward" J'écris parce que le monde est pourris et que la vie m'ennuie. Un language grossier. Une plume maladroite. Des sentiments sincères.

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