zizanie Zizanie Savage

Espérance était une personne simple, parfois trop, qui se contentait d'avancer dans la vie comme un bulldozer, écrasant le moindre problème d'un haussement d'épaules ou d'un poing bien placé, sans vraiment se rendre compte des conséquences. Elle va vite se rendre compte que ce n'est pas un mode de vie durable.


LGBT+ Interdit aux moins de 18 ans.

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Les pièces métalliques défilaient à un rythme régulier, le bruit constant de la machine ponctuant chaque seconde.

Clac clac

Clac clac

À un rythme tout aussi régulier, la jeune femme placée devant l'engin bourdonnant prenait chaque pièce une par une, vérifiant d'un même geste mécanique la conformité de chacune d'elles, recherchant le moindre défaut de perçage, la moindre anomalie.

Les non-conformes étaient jetées sans autres formes de procès dans un seau à ses pieds.

De temps en temps, elle grommelait quelques jurons et faisait quelques manipulations sur un écran non loin.

En fait en y regardant bien, il était difficile de faire la différence entre la femme et la machine, chacune agissant de concert, ne s'arrêtant à aucun moment ,ne perdant jamais ce rythme infernal.

C'était l'usine, c'était la merde, et c'était sa vie.

Se lever, un repas frugal, prendre son job à midi, huit heures de machine, se prendre une cuite, recommencer, encore et encore.

Ça n'avait tout bonnement aucun sens.

Pourquoi aurait-il fallu que cela en ai un ?

Elle travaillait à la maintenance dans cette usine depuis bientôt cinq ans, et bien que ce fut un travail qu'elle appréciait, il n'y avait pas de quoi sauter en l'air. Cela lui assurait un revenu mensuel acceptable, et ça lui suffisait.

On l'avait appelée Espérance, c'est sûrement ce qu'elle avait représentée pour ses parents, de braves gens à la vie monotone et vide de sens, remplis d'embûches et de mauvais moments, morts trop tôt certainement, même si ils avaient probablement fait le tour de leur existence.

Cela faisait quatre ans maintenant, elle en avait à présent vingt-trois, et la blessure due à leur perte était toujours vive dans son cœur.

C'était bien les seuls qu'elle n'avait jamais eu l'impression de décevoir.

Elle, elle n'espérait rien de particulier, à part la fin de la journée, et le début de la nuit.

La nuit, c'était bien l'une des rares choses qu'elle appréciait, non pas la nuit en elle-même, mais tout ce qu'elle impliquait.

Elle ruminait tout ça, comme d'habitude en bossant, sans but.

Selon les critères de cette société abusive, elle n'avait pas grand-chose de "" féminin"", que ce soit physiquement ou par sa façon d'être, elle mesurait plus d'un mètre quatre-vingt quinze et possédait une musculature digne d'un bodybuildeur bourré de testostérone, elle avait des cheveux roux coupés en brosse, son visage carré couvert de taches de rousseur affichait un éternel air mécontent, elle était grossière, désagréable en toute circonstance, et avait tendance à rapidement s'énerver.

Certaines personnes avaient essayées une fois où l'autre de lui expliquer comment il fallait qu'elle soit, et qu'elle se comporte en tant que femme.

La plupart avaient mangés de la soupe pendant un moment après ça.

Ha, la violence, ça oui, ça la faisait vivre.

Ses potes la voyaient comme une brute toujours en quête de conflit, ce n'étaient pas eux non plus des pacifistes, mais il y avait brutalité et brutalité.

Elle était proche d'eux, c'étaient les seuls personnes à qui elle accordait la moindre importance, mais cela n'enlevait rien au fait qu'il y avait une certaine distance entre eux.

Eux usaient de la violence comme moyen de défense, ou pour protéger une cause qui leur était chère.

Elle, pour n'importe quel prétexte.

C'étaient des gens engagés, passionnés, qui croyaient en quelque chose, pas elle.

Ils faisaient pour la plupart des études avancées dont ils régurgitaient des parties lors de conversations animées, elle n'intervenait que rarement, elle n'y pigeait rien, et quand elle donnait son avis, on la regardait comme un enfant essayant de mettre le cube à l'emplacement du triangle.

Alors elle la fermait.

Une sonnerie stridente résonna à travers l'usine, coupant court à ses ruminations sans queue ni tête.

La chaîne de fabrication s'arrêta net, les machines se mettant en veille.

Espérance jeta le seau de pièces erronées dans une benne d'un geste nonchalant, un homme d'une quarantaine d'année s'avança vers elle, l'air interrogateur :

-C'est bon, c'est réparé ?

Elle répondit d'un grognement affirmatif, puis fonça aux vestiaires, échangea les chaussures de sécurité contre ses doc marteens, le bleu de travail contre son perfecto couvert de badges, raccrocha la chaîne de son portefeuille à sa ceinture, attrapa son sac à dos, puis partit d'un pas rapide vers la sortie, grommelant des salut incompréhensibles aux collègues qu'elle croisait.

Sa première action en sortant de l'usine fut d'ouvrir son sac, de prendre la bouteille de whisky à l'intérieur, et d'en avaler plusieurs longues gorgées.

Puis elle rangea la bouteille, mit ses écouteurs et alluma son mp3, s'en allant à grand pas en direction du centre-ville tandis que le premier morceau se lançait sur un roulement de batterie assourdissant.

Au bout de quelques minutes, son téléphone vibra dans sa poche, un numéro apparut sur le minuscule écran de l'engin, surmonté d'un nom, Alex.

Son portable n'était certainement pas dernier cri, mais c'était du solide, et elle arrivait à s'en servir sans l'exploser.

Alors qu'elle décrochait après avoir mis sa musique sur pause, une voix masculine se fit entendre :

- Yo meuf t'es sortit du taf?

Grognement affirmatif.

-Bha du coup on va au rond-point avec les autres, t'a qu'à nous rejoindre si t'es motivée .

Autre grognement affirmatif, elle raccrocha, et repris son whisky, le rond-point, bar du centre-ville, vingt minutes de marche... Y avait bien le temps de la finir.

Aux alentours du bar, elle balança la bouteille vide dans une ruelle, sans se soucier du bruit de verre brisé, ni des regards désapprobateurs et choqués des passants.

Allant d'une démarche chancelante, elle entra dans l'établissement, et s'assit avec ses amis, cinq personnes assises sur deux canapés au fond de la salle.

Elle fit un vague salut général, avant d'empoigner une bouteille de rhum posée sur une table basse.

Plusieurs longues gorgées s'ensuivirent.

Les autres se lancèrent des regards sans rien dire, lui faire une remarque aurait été bien trop risqué.

Elle reposa la bouteille, et la conversation reprit son cours, comme si de rien n'était.

Quelques minutes passèrent, elle ponctuait les conversations environnantes d'un grognement par ci, un haussement d'épaules par là.

La bouteille lui faisait de l'œil.

Elle tendit une main avide, les autres échangèrent de nouveaux regards.

Une voix douce et amicale interrompit son geste.

-Sérieux S ça fait même pas deux minutes que t'es là et t'as déjà descendu le quart de la bouteille toute seule, sans compter ce que t'as sûrement bu avant... On a le temps hein.

La voix féminine en question c'était Anna, gentille, souriante, elle et Espérance avaient couchées ensemble plusieurs fois, jusqu'à ce qu'elle lui avoue ses sentiments.

Ça c'était arrêté là, l'amour, c'était pas pour S.

Elle se demandait encore aujourd'hui quelles mystérieuses raisons avaient pu pousser Anna à l'aimer.

Elle se replaça dans son siège en haussant les épaules :

- Ça veut dire quoi ça ?

Grogna-t-elle.

- Ça veut dire qu'on se demande tous comment tu fais pour rester en vie avec tout ce que tu boit en une semaine, lui répondit son interlocutrice en ricanant, les autres eux, ne rigolaient pas du tout, l'atmosphère était particulièrement tendue.

Espérance haussa à nouveau les épaules, et ne répondit pas, aux bouts de plusieurs minutes de silence inconfortable, la discussion repris peu à peu, tout le monde commençait à se détendre à nouveau.

Une ou deux heures plus tard, tout le groupe était passablement saoul, la grande rousse plus que tout autre, cela faisait un moment pour elle que tout ce qui sortait de la bouche de ses amis n'était qu'un vague bourdonnement incompréhensible, son cerveau fonctionnait au ralenti, elle avait l'impression de flotter.

Une jeune femme d'à peu près leur âge apparût dans le cercle qu'ils formaient.

Elle crut vaguement comprendre que c'était la petite amie d'un des autres.

En tout cas, elle l'avait déjà vu, et de ce qu'elle s'en souvenait, elle ne l'aimait pas et c'était réciproque.

Elle était belle, habillée à la mode et maquillée à la perfection, exactement le genre de fille que l'on montrait à Espérance pour lui faire comprendre à quoi elle était censée ressembler.

Si elle semblait être une véritable icône de beauté, elle manquait à première vue cruellement d'instinct de survie, la première chose qu'elle fit en passant devant S, étant de s'adresser à elle d'un air dédaigneux :

-Et bha alors Désespérance, ça va pas? Tu sais, quand on tient pas l'alcool on boit pas hein.

L'autre se leva d'un coup, l'alcool totalement évaporé sous l'adrénaline, elle entendit vaguement quelqu'un crier son nom, avant que son front n'entre brutalement en collision avec le nez de barbie, quelque chose craqua, du sang coulait, tout le monde criait.

L'agitation lui faisait tourner la tête, elle se sentit brusquement poussée en avant, en direction de la sortie.

L'air frais lui fit comme un seau d'eau en pleine gueule.

On continuait à la pousser, jusqu'à se retrouver dans la ruelle à côté du bar.

-Putain tu fait chier!! À cause de toi on va plus pouvoir venir ici à force! C'est quoi ton excuse cette fois!?

C'était Anna qui l'avait sortie, c'était toujours elle.

- C'est une connasse. Grogna-t-elle, ses mots encore plus incompréhensibles avec l'alcool.

-Et c'était une raison pour lui péter le nez?! Elle ne la laissa pas rétorquer, et dit rien je sais très bien ce que tu vas répondre !

T'es pas la seule à pas l'aimer, mais tu peux pas tabasser tout les gens qui t'emmerde!

Elle lui lança un regard qui en disait long sur ce qu'elle pensait à ce sujet.

La colère déserta le visage d'Anna, remplacée par de la peine:

- Pourquoi t'es comme ça S ?

C'est tout ce que t'es capable d'offrir ? De la violence et encore plus de violence? La haine c'est tout ce qui t'anime?

Espérance lui lança un regard las, ses grands yeux gris soudain emplis de tristesse:

-Faut croire que oui.

Et elle partit d'un pas rapide sans prêter attention à Anna qui essayait de lui parler.

Le pâle sentiment de tristesse et de culpabilité qui l'avait effleurée s'estompait à chaque pas, remplacé par une rage bouillonnante.

Ça n'était pas dirigé vers Anna, ni même vers la jeune femme qu'elle avait frappée, c'était simplement ce qu'elle faisait de mieux en matière de sentiments.

Ça faisait maintenant cinq minutes qu'elle marchait sans but, la colère apaisée, l'adrénaline passée, son estomac la torturait, elle avait vraiment trop bu.

Putain de bordel, elle avait vraiment beaucoup trop bu.

Au détour d'une ruelle, elle se courba en deux, et gerba toutes ses tripes de manière incontrôlable.

Certes, c'était pas très classe, mais putain que ça faisait du bien!

Elle finissait de s'essuyer la bouche tant bien que mal, quand elle entendit des ricanements et des imprécations venant de derrière elle.

- Putain les gars visez un peu ste clocharde! C'est dégueulasse !

- Marrant les crevards, on penserait qu'au moins ça sait tenir l'alcool, eh ben même pas! Et si on lui apprenait à plus traîner la nuit hein ? dit un deuxième en faisant craquer ses phalanges.

Le premier du trio eut droit à un bon coup de pied dans les couilles, et s'écroula au sol en hurlant, les deux autres se regardèrent rapidement, surpris, aucun d'eux ne s'attendait à ce que cette jeune épave apparemment ivre morte réagisse aussi vite.

Ce bref regard suffit à l'épave en question pour empoigner le poing américain dans la doublure de son blouson, et en abattre un grand coup sur la mâchoire d'un deuxième, lui faisant sauter quelques dents et l'envoyant rejoindre son collègue qui gémissait à terre.

Le troisième se recula promptement, sur ses gardes, l'effet de surprise avait marché, mais c'était fini.

Ils se firent face un moment, les poings en l'air, prêt à réagir, puis Espérance attaqua, son coup ratant la tête de l'autre, le touchant légèrement à l'épaule, cela la déséquilibra, et elle se prit deux droites dans le ventre, elle chuta à genoux, le souffle coupé.

Elle se prit un crochet gauche en pleine tête, qui la sonna totalement, elle s'appuya contre un mur proche pour ne pas chuter.

L'autre en profita pour envoyer un coup de pied, mais elle intercepta sa jambe, et le fit chuter lourdement sur le dos.

Sans lui laisser le temps de réagir, elle se mit sur lui à califourchon, et le frappa au visage à plusieurs reprises, grognant comme un animal, ses poings se couvrant de sang tandis qu'elle lutter pour ne pas tomber elle même dans l'inconscience, les deux autres en profitèrent pour s'enfuirent en courant en abandonnant leur camarade.

Elle s'écroula, épuisée, vidée, juste à côté de sa victime qui barbotait dans son sang .

Se relevant péniblement, elle cracha un amas sanglant, puis partit de la ruelle en traînant des pieds, un vague sourire sur le visage.

24 Avril 2022 23:10:21 0 Rapport Incorporer Suivre l’histoire
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