TROIS CONTES. GUSTAVE FLAUBERT Seguir historia

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Andrés Burgos


Trois histoires d'un des meilleurs écrivains français de tous les temps


Cuento Todo público.
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UN COEUR SIMPLE

   I

Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Mme
Aubain sa servante Félicité.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage, cousait,
lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles,
battre le beurre, et resta fidèle à sa maîtresse,--qui cependant n'était
pas une personne agréable.

Elle avait épousé un beau garçon sans fortune, mort au commencement de
1809, en lui laissant deux enfants très-jeunes avec une quantité de
dettes. Alors elle vendit ses immeubles, sauf la ferme de Toucques et la
ferme de Geffosses, dont les rentes montaient à 8,000 francs tout au
plus, et elle quitta sa maison de Saint-Melaine pour en habiter une
autre moins dispendieuse, ayant appartenu à ses ancêtres et placée
derrière les halles.

Cette maison, revêtue d'ardoises, se trouvait entre un passage et une
ruelle aboutissant à la rivière. Elle avait intérieurement des
différences de niveau qui faisaient trébucher. Un vestibule étroit
séparait la cuisine de la _salle_ où Mme Aubain se tenait tout le long
du jour, assise près de la croisée dans un fauteuil de paille. Contre le
lambris, peint en blanc, s'alignaient huit chaises d'acajou. Un vieux
piano supportait, sous un baromètre, un tas pyramidal de boîtes et de
cartons. Deux bergères de tapisserie flanquaient la cheminée en marbre
jaune et de style Louis XV. La pendule, au milieu, représentait un
temple de Vesta;--et tout l'appartement sentait un peu le moisi, car le
plancher était plus bas que le jardin.

Au premier étage, il y avait d'abord la chambre de «Madame»,
très-grande, tendue d'un papier à fleurs pâles, et contenant le portrait
de «Monsieur» en costume de muscadin. Elle communiquait avec une chambre
plus petite, où l'on voyait deux couchettes d'enfants, sans matelas.
Puis venait le salon, toujours fermé, et rempli de meubles recouverts
d'un drap. Ensuite un corridor menait à un cabinet d'étude; des livres
et des paperasses garnissaient les rayons d'une bibliothèque entourant
de ses trois côtés un large bureau de bois noir. Les deux panneaux en
retour disparaissaient sous des dessins à la plume, des paysages à la
gouache et des gravures d'Audran, souvenirs d'un temps meilleur et d'un
luxe évanoui. Une lucarne au second étage éclairait la chambre de
Félicité, ayant vue sur les prairies.

Elle se levait dès l'aube, pour ne pas manquer la messe, et travaillait
jusqu'au soir sans interruption; puis, le dîner étant fini, la vaisselle
en ordre et la porte bien close, elle enfouissait la bûche sous les
cendres et s'endormait devant l'âtre, son rosaire à la main. Personne,
dans les marchandages, ne montrait plus d'entêtement. Quant à la
propreté, le poli de ses casseroles faisait le désespoir des autres
servantes. Économe, elle mangeait avec lenteur, et recueillait du doigt
sur la table les miettes de son pain,--un pain de douze livres, cuit
exprès pour elle, et qui durait vingt jours.

En toute saison elle portait un mouchoir d'indienne fixé dans le dos par
une épingle, un bonnet lui cachant les cheveux, des bas gris, un jupon
rouge, et par-dessus sa camisole un tablier à bavette, comme les
infirmières d'hôpital.

Son visage était maigre et sa voix aiguë. A vingt-cinq ans, on lui en
donnait quarante. Dès la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun
âge;--et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés,
semblait une femme en bois, fonctionnant d'une manière automatique.


16 de Mayo de 2018 a las 23:59 0 Reporte Insertar 0
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