Le Charge des morts. Par Henry de Forge Follow story

A
Augusto Salvador


Le Charge des morts. Court roman. Par Henry de Forge (1874-1943)


Short Story All public.
Short tale
0
115 VIEWS
In progress
reading time
AA Share

I

Comme le soir tombait sur la bataille encore indécise laissant l'armée russe en une position vraiment critique, le général prince Rouknine, qui commandait l'aile gauche, se sentant tourné par l'ennemi, donna aux quelques Cosaques qui lui restaient l'ordre de charger.

Il ne s'agissait de rien moins que de déloger deux mille Turcs fortement établis dans le village de Karkow avec des batteries d'artillerie; il fallait absolument que les Russes pussent les chasser de là, s'ils ne voulaient pas se trouver enveloppés....

Cela était nécessaire pour que l'issue du combat changeât et que la marche en avant sur Plewna pût être continuée.

Mais la tentative était d'autant plus difficile que les soldats qui occupaient Karkow faisaient tous partie de la garde particulière du Sultan, et c'étaient de grands diables d'hommes de six pieds de haut, qui ne s'étonnaient de rien, n'avaient peur de rien et avaient pour principe de ne jamais laisser un ennemi à terre sans lui tracer dans le dos, à coups de poignard, le croissant rouge de Mahomet.

Le prince Rouknine savait cela.

Aussi, lorsqu'il se décida à envoyer contre eux ses cinq cents derniers Cosaques, tout ce qui lui restait de son fameux régiment de l'Oural, il comprit qu'il les envoyait à la mort et que pas un ne reviendrait....

Il fit appeler leur capitaine, un beau blond avec des yeux très bleus, qui se nommait Serge Frithiof et qui n'avait pas plus de vingt-cinq ans.

Froidement il lui dit:

—Monsieur, vous allez avoir l'honneur de charger. Vous lancerez vos chevaux à toute vitesse sur le village de Karkow, que l'infanterie ennemie occupe en ce moment. Si vous arrivez à enlever la position, la trouée sera faite et notre armée sera sauvée. Mais vous vous battrez dans la proportion de un contre quatre et c'est pour la plupart d'entre vous la mort certaine. Si Karkow est repris et si le passage est libre grâce à vous, vous ferez résonner la cloche de l'église, et je serai prévenu. Si aucun son ne tinte dans les airs, c'est que l'armée russe doit succomber et que pas un de vous ne sera vivant.

Le capitaine abaissa lentement son sabre en signe d'acquiescement.

C'était un rude soldat que ce Serge Frithiof, malgré son regard doux comme un regard de femme.

Puis, à mi-voix, il murmura ces simples mots:

—La cloche sonnera!

May 30, 2018, 3:30 p.m. 0 Report Embed 0
Read next chapter II

Comment something

Post!
No comments yet. Be the first to say something!
~

Are you enjoying the reading?

Hey! There are still 3 chapters left on this story.
To continue reading, please sign up or log in. For free!